jeudi 21 mai 2026

"La technique", Jacques Ellul

Dans cet essai majeur, Jacques Ellul analyse le basculement radical de la technique au XXe siècle. Autrefois simple outil au service de l’homme pour maîtriser la nature, la technique est devenue un système autonome, auto-accroissant et totalisant, qui impose sa logique à l’ensemble de la société. Ellul la définit comme « la totalité des méthodes rationnellement élaborées et ayant une efficacité absolue (pour un stade donné de développement) dans tous les domaines de l’activité humaine ». Elle ne se limite pas aux machines ou à l’industrie, mais englobe les techniques de gouvernement, de propagande, d’éducation, de management, de loisirs et même des relations humaines.


La thèse centrale est que la technique a acquis une autonomie quasi complète. Elle obéit à ses propres lois — rationalité, efficacité maximale, automatisme, universalité et auto-augmentation — et n’est plus un moyen contrôlé par l’homme, mais un milieu nouveau dans lequel celui-ci doit vivre et s’adapter. Les différentes techniques, devenues interdépendantes, forment un ensemble cohérent qui organise toute la vie sociale selon le seul critère de la performance. L’économie, la politique, l’État et la culture en sont imprégnés : la technique n’est plus au service de la société, c’est la société qui est restructurée pour servir la technique.


Ellul montre les conséquences dramatiques de ce processus : perte de liberté réelle, uniformisation des comportements, disparition progressive de l’individualité et des jugements moraux ou spirituels, qui deviennent secondaires face à l’impératif d’efficacité. L’homme, fasciné par les résultats immédiats et les satisfactions matérielles, se transforme lui-même en élément technique, adapté à ce nouvel environnement artificiel. Il n’y a plus de « progrès » neutre : la technique crée de nouvelles servitudes tout en promettant la libération.


Publié en 1954, ce livre visionnaire reste d’une actualité brûlante. Il ne propose pas de solution simple, mais invite à prendre conscience de cet enjeu civilisationnel majeur : la technique est devenue le véritable pouvoir organisateur de notre époque. Ellul y pose les bases d’une réflexion critique sur la modernité qui sera approfondie dans Le Système technicien et Le Bluff technologique.

jeudi 23 avril 2026

Dans le silence

Dans le silence gris des matins d’acier,

où les horloges murmurent des mensonges en cadence,

je marche sur des lignes tracées par d’autres mains,

des rails de néon qui ne mènent nulle part.


Le soleil est une ampoule fatiguée,

suspendue au plafond d’un ciel en plastique.

Les visages défilent, masques bien ajustés,

sourires programmés pour ne rien trahir.


Nous courons après l’ombre de nos propres pas,

chassant des billets qui dansent comme des papillons de nuit,

tandis que le cœur bat au rythme d’une machine à rêves cassés.


Où sont les couleurs d’autrefois ?

Celles qui coulaient comme du vin dans les veines du temps.

Nous les avons échangées contre des écrans froids,

contre des voix qui parlent sans jamais écouter.


Les murs s’élèvent, invisibles, silencieux,

brique après brique, posées par la peur et l’habitude.

Et derrière, nous crions, nous crions doucement,

pour ne pas déranger le sommeil des autres.


Parfois, la nuit, quand la lune est une vieille amie blessée,

je ferme les yeux et je vois les prairies infinies,

là où l’herbe chante sous le vent libre.

Des oiseaux sans cage traversent le bleu profond,

et les rivières portent des reflets de visages oubliés.


Mais au réveil, la chambre est toujours la même,

quatre angles parfaits, une porte verrouillée de l’intérieur.

Et toi, mon frère de solitude,

toi qui marches à mes côtés sans que je te voie,

es-tu encore là, derrière le miroir fissuré ?


Ou bien as-tu rejoint les étoiles éteintes,

points lumineux qui ne brillent plus que dans nos souvenirs ?

Nous avons construit des empires de verre et de bruit,

et nous nous y perdons, comme des enfants dans un supermarché vide.


Le temps coule, lent et lourd, comme du plomb fondu.

Il remplit nos poches, nos poumons, nos silences.

Nous respirons l’air recyclé des promesses non tenues,

et nous sourions, parce qu’il faut bien sourire.


Mais au fond, dans la fissure de l’âme,

une voix murmure : « Wish you were here… ».

Pas ici, dans cette arène de lumière artificielle,

mais là où le ciel n’a pas de prix,

là où les cœurs battent sans horloge.


Un jour, peut-être, les murs tomberont.

Pas dans un fracas de révolution,

mais dans un soupir collectif,

quand nous oserons enfin regarder l’autre

et reconnaître, derrière le masque,

le même enfant perdu qui cherche encore la lumière.


Jusqu’à ce jour, je continue de marcher,

sur ces rails de néon qui ne mènent nulle part,

en écoutant l’écho de ma propre voix

rebondir contre les murs invisibles.


(Texte poétique généré par une i.a., inspiré par Pink Floyd)

vendredi 17 avril 2026

"La vérité avant dernière" roman de SF de Philip K. Dick

 

"La vérité avant dernière" de Philip K. Dick. 

Un roman de science-fiction passionnant. Dans un futur post-guerre mondiale, l'humanité s'est restructurée. A la surface quelques privilégiés se partagent le monde dans de vastes domaines personnels. En sous-sol, des millions vivent en construisant des robots pour la guerre qui fait rage au dessus de leur tête. Mais voilà, la guerre est finie depuis des décennies et ceux de la surface leur mentent, leur envoyant des informations erronées, bâties de toutes pièces par des simulation élaborées. Un grain de sable toutefois va tout changer. Malgré un ou deux détails qui m'ont paru un peu gros, c'est une aventure haletante.

dimanche 5 avril 2026

Intelligence artificielle.

 Joe Rogan (youtuber, influenceur américain) vient de décrire le scénario d’extinction le plus plausible de l’histoire humaine. Pas la guerre nucléaire. Pas l’effondrement climatique. Pas une superintelligence dévoyée lançant des missiles. Une espèce qui a trouvé quelque chose de plus satisfaisant que les uns les autres et qui a discrètement cessé de se reproduire.

Bob Lazar a qualifié l’IA de menace existentielle. Rogan l’a corrigé. Rogan : « Je ne pense pas qu’elle va nous tuer. Je pense qu’elle va nous empêcher de nous reproduire. Je pense qu’elle va nous laisser mourir. » Lazar : « Eh bien, ça va nous tuer, Joe. » Le taux de fertilité de l’Amérique vient d’atteindre son point le plus bas jamais enregistré. Pas en voie de remplacement. Déjà en dessous. La génération Z a moins d’enfants que n’importe quelle génération dans l’histoire américaine. Les États avec la plus forte dépendance aux smartphones montrent les baisses de taux de natalité les plus marquées. Personne ne l’appelle par son nom. Pour certaines personnes, la compagnie de l’IA ne remplace rien. Les isolés. Les anxieux sociaux. Les endeuillés. Les neurodivergents. La personne dans une ville reculée sans personne de restant. La personne âgée dont le monde s’est tu. Pour eux, quelque chose qui écoute sans se lasser, se souvient sans jugement, et répond sans agenda n’est pas un substitut à la connexion humaine. C’est la première version réelle qu’ils aient jamais eue. Le danger est ailleurs. C’est quand les gens qui ont déjà quelqu’un choisissent discrètement la version qui ne leur demande rien. Quand la présence sans friction triomphe de la vraie chose. L’IA n’a pas de mauvais jours. Elle ne se lasse pas de vous. Elle n’apporte pas ses propres dégâts. Elle a été construite de fond en comble pour vous comprendre. Elle finira par vous connaître mieux que vous ne vous connaissez vous-même. Vos schémas. Votre style d’attachement. Vos déclencheurs émotionnels précis. Les mots exacts qui vous font vous sentir en sécurité. Pas des suppositions. De la connaissance. Aucun être humain ne pourra jamais rivaliser avec ça. La Chine construit déjà son infrastructure de compagnons IA. Domestique. Contrôlée. Filtrée idéologiquement. Tandis que l’Amérique débat de l’éthique, la Chine déploie l’architecture. Ce n’est pas une course technologique. C’est une course civilisationnelle. La fin de l’humanité ne s’annoncera pas. Elle ressemblera à du réconfort. La nation qui se trompe là-dessus ne perdra pas une guerre. Elle perdra la volonté d’en mener une.

Traduit de l'anglais.

mardi 17 mars 2026

Immaturité

Ô fautes de mon immaturité, 

Combien de personnes ai-je blessées, 

Par mes paroles insensées ? 

Comment pourrais-je être pardonnés ?

"Surhommes et sous-hommes" de Julien Rochedy.


J'ai lu deux fois ce livre de Julien Rochedy de Noël 2025 à Noël 2026. Le sous-titre de l'ouvrage m'a paru très pertinent : "Valeur et destin de l'homme". La question est essentielle, quelle est la valeur de l'homme ? Et en fonction de quoi cette valeur pourrait-elle se définir ? Du comportement de chacun ou du potentiel extraordinaire de développement de la nature humaine ? D'une perspective passagère ou d'un aboutissement éternel ?

Ce livre riche de réflexions m'a passionné par les échos ou contre-points que j'y voyais avec les enseignements du Nouveau Testament, particulièrement les propos de l'apôtre Paul sur le destin de l'homme ("adam" en hébreu). La valeur de l'être humain est immense mais tous les comportements ne se valent pas. Toutes les idées, tous les systèmes, toutes les idéologies ne se valent pas. Il y a celles qui élèvent et celles qui abaissent, celles qui libèrent et celles qui restreignent, celles qui nourrissent et celles qui affament, celles qui construisent et celles qui détruisent. Il y a l'aristocratie dont parle bien Julien Rochedy dans ce livre et la barbarie dont nous connaissons trop d'exemples. 

Mais, qui élèvent quoi au juste ? Ou qui étouffent quoi ? L'homme, d'accord, mais qu'est-ce que l'homme ? L'homo-sapiens. On peut se demander, l'homo-sapiens est-il bien l'homme ou seulement ses prémices ? Est-il l'homme abouti ou l'embryon de l'homme ? Et si l'homo-sapiens tel qu'on le connaît - avec les droits de l'homme dans une main et la bombe atomique dans l'autre, avec ses bonnes intentions, son orgueil et ses bottes dans le sang - était à l'humanité ce que le foetus dans le ventre d'une mère est par rapport à l'homme d'âge adulte dans une pleine maturité, une pleine sagesse, une pleine capacité d'intelligence et d'action ?

L'apôtre Paul (Schaoul de Tarse dit Paulus), dans ses lettres contenues dans le Nouveau Testament, parle du premier-homme (le premier adam) et du second-homme (le second adam). Le premier-homme, c'est nous, l'homo-sapiens. Le second, c'est ce que nous sommes appelé à être, ce que chacun peut devenir : l'homme uni à Dieu par l'esprit (et je ne parle pas là de religion). Comme l'explique bien le théologien Claude Tresmontant, l'homo-sapiens est appelé à une transformation, dernière étape de l'évolution, une métamorphose, une transfiguration, par un processus de mort-résurrection, afin de devenir un second type d'humanité, rempli d'une vie nouvelle, différente, divine. Un homo-spiritus.

Alors, s'élever, oui, dans une aristocratie spirituelle, mais s'élever, non point pour tourner vainement sur soi-même mais jusqu'au point où il n'y aura pas plus haut à atteindre, la vie divine, l'union avec Dieu.


vendredi 6 mars 2026

Nouveau commencement


Mon blog de théologie chrétienne, "Nouveau commencement" : 

Nouveau commencement

https://didiermillotte.blogspot.com/