mercredi 29 juin 2022

L'enjeu du salaire.

 

"L'enjeu du salaire" de Bernard Friot aux éditions La Dispute. 

Un livre important aujourd'hui qui propose des alternatives saines et justes au capitalisme destructeur dans lequel nous sommes enchaînés (marché du travail, chantage à l'emploi, propriété lucratives, etc.). Restructurer notre société, notre système de production et de vie, devient indispensable et si certains n'y pensent pas, profitant d'un système lucratif égoïste, Benard Friot, lui, nous présente une autre voie possible, concrète, réaliste, réalisable, sur la base de ce qui a été posé en France avec la Sécurité Sociale afin de reprendre la maîtrise de notre travail et de notre économie.

jeudi 23 juin 2022

Qu'est-ce que la liberté ?

Qu'est-ce que la liberté ? La liberté n'est pas une chose en soi mais le résultat de deux forces qui s'opposent continuellement : la volonté (intérieure) et la contrainte (extérieure). La contrainte peut prendre de multiples formes, psychologiques d'abord, par nos barrières mentales, nos pensées limitantes, nos blocages, nos peurs, nos traumatismes, etc. Physique ensuite, par nos limites naturelles et notre cadre d'existence. Social, culturel, légal, enfin. De différentes manières, une société pose des cadres, des exigences, des devoirs, des interdits qui sont autant de contraintes. Parfois bonnes, parfois abusives, parfois justes, parfois injustes, parfois saines, parfois tyranniques. Des contraintes saines, équilibrées, justes sont indispensables à l'équilibre et l'épanouissement. On peut penser à l'utile du code de la route ou d'une recette de cuisine. La liberté de mélanger n'importe quoi en n'importe quelle quantité, cuit en n'importe quel temps ne donne pas un plat au goût merveilleux, la recette est contrainte, la contrainte ici est bénéfice. La liberté humaine est toujours conditionnelle, jamais absolue. Dieu seul est absolu et n'est donc soumis à aucune contrainte, il est son propre cadre, son propre contexte. Ainsi, la volonté de Dieu seul est libre-arbitre. Pour l'humain, il n'y a pas de libre-arbitre mais une volonté dans un cadre, une volonté restreinte, une volonté conditionnée. Ce cadre est toujours le nôtre - l'univers physique, le fonctionnement psychologique, le contexte social (les lois etc.). Ainsi, la liberté n'est pas une valeur absolue à atteindre, une valeur suprême, une valeur en soi à imposer ou à conquérir. au contraire, l'obsession de la liberté conduit nos sociétés à l'égoïsme, au déséquilibre et à la destruction. L'équilibre sain, entre volonté humaine et contraintes, des contraintes qui n'écrasent pas mais aide à l'épanouissement, voilà ce qui doit être recherché. Cela nécessite l'humilité d'accepter notre nature, nos besoins, nos limites, ne pas nous prendre pour ce que nous ne sommes pas, ni chercher à devenir ce que nous ne serons jamais. 

La liberté c'est la possibilité d'oeuvrer et d'oeuvrer pour une croissance saine, non destructive, un épanouissement pour soi et pour le bien commun qui est notre cadre, l'un n'existant pas sans l'autre. Un cadre pollué par de la tyrannie, de l'égoïsme, du mensonge, des abus de toutes sortes est destructeur pour les uns ou pour les autres. Mais un cadre se dépollue par un autre cadre, plus juste, proche des besoins, plus proche de l'équilibre, pour une vraie liberté d'épanouissement. 

jeudi 19 mai 2022

"Nomades du Nord" de James O. Curwood

Un trappeur tue une mère ourse et recueille son petit ourson. Il l'emmène avec lui et l'attache avec son chien. Lors de la traversée d'une rivière, l'ourson et le chien se chamaillent, tombent à l'eau et sont emportés par le courant. Séparés du trappeur, ils vont cheminer et survivre dans les immenses contrées glacées du nord canadien, croisant loups, ours, trappeurs et autres habitants des bois et des montagnes. Une découverte de la vie sauvage et des drames des hommes des bois. Un merveilleux roman d'aventure du brillant James Curwood, dans la lignée de Croc-Blanc de Jack London et de "Grizzly". Passionnant et émouvant. Un régal de lecture.

mardi 17 mai 2022

Le jour où je me suis approché de Fukushima.

Je suis allé une fois au Japon, en 2016, au mois de mai, j'avais plus de quarante ans. J'y ai passé deux semaines ou peut-être trois, le temps gomme des souvenirs, certains en tout cas sont aspirés par le brouillard. Que me restera-t-il comme souvenirs de ma vie quand je serai au seuil de la mort, quand j'aurais passé quatre-vingt-dix ans, quand j'en aurai effleuré cent ? Peut-être un nombre limité d'images qui se répèteront en boucle comme un disque rayé. Je suis allé au Japon avec un scénariste faire des repérages pour un projet de bande-dessinée sur le terrible tsunami qui ravagea la région du Tohoku dans le Nord de l'île en 2011. Un tremblement de terre de forte amplitude a lieu au large des côtes puis une vague dévastatrice entre sur des kilomètres à l'intérieur des terres, détruisant tout sur son passage, maisons, routes, voies ferrées, paysages. La centrale nucléaire de Fukushima est ébranlée et des radiations s'en échappent, contaminant les environs, obligeant des populations à fuir, laissant leur maison derrière eux. Avec le scénariste, nous avions pour projet de parler des efforts de la population pour se reconstruire après un tel drame. Mais, hélas, ce projet n'aboutira pas, la BD ne verra pas le jour, pas avec moi, en tout cas.


Avant de partir pour ce pays lointain, pendant quelques mois j'apprends le japonais. Ce qui m'a toujours terrifié dans mon rapport à l'étranger, c'est de me sentir perdu, de ne rien comprendre, de ne pas être compris, de me retrouver abandonné sans savoir quoi faire ni où aller, sans pouvoir rentrer chez moi. Me sentir seul. J'ai toujours eu peur de cela, une peur panique, comme un cauchemar, ce qui m'a freiné dans mes désirs de voyages. J'aurais aimé avoir plusieurs vies ; être voyageur, aventurier, peur de rien, explorer, découvrir et grimper partout. Et puis, dans une autre vie, être guitariste de rock surdoué, ou chanteur charismatique, parcourir le monde de scène en scène. Et puis, dans une autre vie, être un grand peintre, innovant mais surtout maîtriser dessin, anatomie, perspective, composition, lumière, couleur, être brillant et créatif. J'aurai aimé avoir plusieurs caractères aussi ; être timide et renfermé, être extraverti, parfois ressentir les peines du monde, parfois y être insensible pour n'être écrasé de tristesse et entravé par rien ni personne. J'aurais voulu être tout ce que je ne suis pas et si je n'avais pas été ce que je suis, j'aurais voulu l'être. 


Je découvre le japonais avec plaisir, cette langue syllabique, l'écriture, les sons, les signes, je m'en régale. J'aimerais être capable de dire quelques mots aux japonais sur place, outre pour la politesse mais aussi pour pouvoir poser une question, demander une direction, tendre vers eux avec humilité. J'ai l'impression d'avoir bien débroussaillé cette langue qui m'était totalement mystérieuse, inconnue et qui m'apparaît maintenant plus accessible. Aujourd'hui, six ans plus tard, j'ai tout oublié. Avec mon livre d'étude et mon CD, je me sentais assez à l'aise en répétant à longueur de journée mots et phrases, à comprendre comment on posait une question, mais une fois au Japon, une fois sur place, seul dans un supermarché, voulant savoir où se trouvait les bananes, je n'ai su que répéter « banana, banana ? ». Mon « doko dess ka » s'était effacé, évaporé, envolé. Mon cerveau ne fonctionnait plus là-bas comme chez moi, dans mon environnement sécurisé. Sans les émotions, entouré de mes repères, j'arrivais à dire quelques mots, faire des phrases simples, mais avec les émotions, mon tsunami intérieur, devant des japonais, au coeur du pays, dans la pâte, je n'arrivais plus, trop impressionné, trop déstabilisé, les mots n'arrivaient plus, ils n'étaient plus là. Pourtant je les connaissais, j'en étais sûr, ils étaient bien encore quelque part dans un des tiroirs de mon cerveau. Les émotions ont toujours été pour moi source de problèmes, de troubles, de blocages, de déstabilisations, de gènes, perturbant mon rapport au monde, brouillant mes relations, parasitant mes capacités, laissant aux gens une image de moi tronquée, erronée, mal interprétée. L'hyper-sensibilité comme handicap.


Lors de ce premier (et seul) voyage au Japon, je découvre à la fois le pays et la région du tsunami. Je rencontre quelques habitants. Je n'ai jamais été particulièrement un fan du Japon, je n'ai jamais été fasciné par cette culture, je n'ai pas été nourri au cinéma japonais ni aux mangas. Encore aujourd'hui, elle me laisse un peu froid et distant cette culture, elle ne m'attire guère, me suscite peu d'enthousiasme. J'ai toujours été plus attiré par l'ouest, le nord de l'Amérique, l'Arizona, le Canada, les cow-boys, les grands espaces. Je ne connaissais pas grand-chose du Japon. Avant de partir, on me disait souvent « Tu verras, tu vas adorer ». Et c'était vrai. J'étais content de partir pour une aventure, une découverte, comme j'aurais été ravi d'aller n'importe où ailleurs. Je suis parti sans fascination ni à priori. Je ne connaissais guère que Goldorak et Albator, les dessin-animés de mon enfance qui m'émerveillaient, Taniguchi, l'auteur de BD et le réalisateur Miyasaki, découvert bien plus tard. Dans ce pays qui paraît un peu comme une autre planète, extra-européen en fait, j'ai d'abord apprécié le calme, la délicatesse, la correction des gens partout, le savoir-vivre, dans les rues, les magasins, les transports, les hôtels. Ce qui m'a frappé aux Etats-Unis, c'est la gentillesse, ce qui m'a frappé en Afrique c'est l'enthousiasme, ce qui m'a frappé au Japon c'est la bonne éducation. Ça fait grand bien. Dans les trains, par exemple, quelques passagers mais un silence tel qu'on peut entendre les oiseaux chanter dehors lors des arrêts. Dans les rues aussi, la maîtrise de soi, le calme partout, pas d'agitation. Comme c'est reposant. On ne sent aucune agressivité, aucune tension, aucun danger. 


Nous visitons des endroits pittoresques et magnifiques ; Ce jardin japonais classique extraordinaire de beauté, de charme et de silence ; Ces torii rouges et parfois blancs, portails annonçant l'entrée de sanctuaires shintoïstes au sein de parcs majestueux, comme Osaki Hachimangu, trésor national. Au bout d'une longue esplanade boisée, à droite quelques objets mis en vente par les moines, à gauche des vitrines avec des photos d'équipes de baseball, on vient prier ici le dieu de la guerre pour voir gagner son équipe. Il y a longtemps, on se battait à coup de sabre maintenant à coup de ballon ; Ailleurs, ce château blanc gigantesque et sublime ; Ailleurs, le temple de Godaïdo sur les ilots de Matsushima - c'est ici le pacifique que je vois pour la première fois - avec ces long ponts de bois rouge, ces petits îles pleines de charme et de touristes ; Ailleurs, le musée du mangaka Ishinomori Shotaro et dans la ville du musée, tout au long des ruelles, les sculptures magnifiques de ses personnages. 


A Sendaï, grande ville de plus d'un million d'habitants, préfecture de Miyagi, on déambule à l'affût de boutiques aux innombrables figurines « kawaii » et aux magasins portant des enseignes au goût français : « Franc Franc », « Vie de France Café », « Côte d'Azur », « Atelier pas de quoi », « Petit bonheur ». Les japonais aiment le charme français. On traverse une cérémonie du thé et on passe la nuit dans un capsule-hôtel, ces hôtels-éclairs où il n'y a pas de chambre mais des lits en capsules superposées. On se déshabille dans une salle commune, on met ses habits dans un casier, on va aux douches (sauf moi) et dans le lit-cocon-suspendu à la literie des plus confortables. Juste un lit dans une bulle. Agréable et efficace. Les petits restaurants, les fast-food, quant à eux, sont tous délicieux. J'ai merveilleusement bien mangé durant tout mon séjour. Dans un hôtel, on m'a proposé le déjeuner typique japonais, poisson, riz, je crois, je n'ai pas réussi, à l'époque je mangeais beaucoup trop de sucre.


On se rend sur la côte du Tohoku où est arrivée la vague du large. Elle est entrée de plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres. Impressionnant et émouvant. Ces terres sont encore en reconstruction par endroits, des années après le drame, on voit des engins de travaux à l'œuvre. Des baraquements provisoires aussi accueillent toujours quelques personnes, depuis si longtemps, ils n'ont pas encore été relogés. Nous sommes reçus dans une famille. On m'explique que lorsque la vague est arrivée dans cette ville, les parents étaient à un endroit et leur fils autiste à un autre. La vague a tout emporté, tout cassé, aucun moyen de se rejoindre, de circuler, de se retrouver, le chaos partout, une ville secouée, retournée. Voir l'eau dévaster les rues de tout côté et ne pas savoir si son fils est à l'abri. Ce jeune homme autiste, dont les parents s'occupent avec affection, me touche beaucoup, même si nous n'échangeons rien directement. Quand il arrive, nous sommes dans la maison, il ouvre la porte, nous voit et aussitôt il se retourne pour faire demi-tour. Ses parents le rassurent et l'accompagnent vers nous. Ils nous montrent ses peintures. Des toiles figuratives que j'aime beaucoup. Fortes, graphiques, colorées. Comment les décrire ? Entre art brut et figuration naïve peut-être. Les œuvres sont toujours meilleures que leurs descriptions. Elles me plaisent ces peintures, elles dégagent une force, une présence. Lorsque nous repartons, ce jeune homme nous fait un signe de la main derrière une vitre, un « au revoir » silencieux dans la langue universelle, un salut affectueux, plein de gentillesse et de douceur. C'est ce que je reçois et que j'emporte dans mon cœur. Le sourire de cette jeune fille aussi, lors d'une autre rencontre, à qui j'ai fait un dessin, son portrait, elle semblait si contente et si fière devant sa maman. 


Nous visitons un endroit où l'on teste la radioactivité des terres. Chacun peut apporter un peu de la terre de son jardin pour la faire analyser et savoir si le sol de son terrain est irradié. Nous nous approchons de Fukushima, à une vingtaine de kilomètres, nous traversons des zones de travaux où la terre est enlevée par camion et emportée pour être enterrée plus loin et plus profond, nous entrons dans les zones interdites à la population avec des passes de presse autour du cou. Un de nos accompagnateurs transporte avec lui un compteur Geiger. Nous faisons une halte dans une gare, vide, silencieuse, plus personne ne vient ici, la vie et le mouvement sont partis. Le compteur Geiger est approché des herbes qui y poussent librement maintenant et ça crépite, plus le compteur s'approche, plus cela crépite. Nous traversons des villes abandonnées, vides, des herbes y poussent partout, même sur les routes. Tout a été laissé sur place. C'est le grand silence. Les maisons, les voitures, les vélos, tout est là, rien n'a bougé mais les populations ont fui. Les radiations est un ennemi invisible. Au travers des vitres d'une école, on peut voir une salle de classe, des sacs et des livres laissés sur place, rien n'a bougé, on pourrait croire que les enfants vont revenir d'un instant à l'autre. Mais, il n'y a plus de cris, plus de rires, plus de jeux ici. Nous entrons dans un magasin abandonné, les rayonnages pleins de marchandises, les étalages  renversés. Scènes de films catastrophe, scènes d'un autre monde, on se croirait dans la quatrième dimension. Sensation étrange. Les gens ont quitté leurs villes irradiées, ils y ont tout laissé, tout y était contaminé. Des villes sans hommes, des villes sans vivants ni morts, des villes témoins.


Retour à Tokyo en train spécial, le Shinkansen, effilé, super-rapide, silencieux, doux, confortable. Voilà la fin du voyage. On m'accompagne à l'hôtel, je vais faire un tour au carrefour de Shibuya, célèbre image de foule dans ce croisement immense. A un angle, une enseigne française « L'Occitane en Provence », moi qui viens d'Occitanie en France, je vais y manger un morceau, j'y savoure les derniers instants, demain l'avion.

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Prochain texte dans cette série : Le jour où j'ai vu Bob Dylan.

Autre textes dans cette série (sur ce blog) : 

- Le jour où l'on m'a parlé de Rickey (sur la peine de mort). 

- Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo (un voyage en Oklahoma). 


Textes sur Amazon : 

- Bienvenue en Hippolie (sur la démocratie) : Hippolie

- Résonances fragmentées (sur la souffrance) : Résonances

- La cigale n'a pas dit son dernier mot (5 textes jeunesse pour les 6-8 ans) : Cigale

Le parfum des fleurs la nuit.


 "Le parfum des fleurs la nuit" de Leïla Slimani, un livre aux senteurs agréables, douces et savoureuses. L'autrice est invitée à passer une nuit dans un musée de Venise, au milieu d'oeuvres contemporaines, l'occasion de réflexions sur l'art et l'écriture, de souvenirs sur son enfance et son parcours, d'échos d'enfermements et de libertés.

vendredi 6 mai 2022

Rendez-vous avec Rama

"Rendez-vous avec Rama" d'Arthur C. Clarke est le roman de science-fiction qui m'a le plus impressionné, le plus enthousiasmé, comme un voyage extraordinaire, vertigineux, dont je suis sorti abasourdi. Un vaisseau spatial gigantesque est détecté par la terre, il entre doucement dans notre système solaire. Il n'émet aucun signal, ne manifeste ni signe de vie ni signe d'agressivité. Il avance lentement, c'est tout. Un vaisseau terrien, bien plus petit, est envoyé à sa rencontre, il se pose sur le vaisseau extra-terrestre qui ne réagit pas à cette arrivée. Des cosmonautes sortent et entrent dans le vaisseau inconnu pour l'explorer. Commence alors un récit comme je les aime, sans danger ni combat. Je me suis demandé pourquoi aucune adaptation cinématographique de ce roman magistral n'avait été faite, j'ai appris il y a quelques jours que Denis Villeneuve, qui a réalisé l'excellente suite de Blade Runner, travaille sur une adaptation. Quelle bonne idée. 

lundi 2 mai 2022

Tu ne dis pas grand-chose...

 - Tu ne dis pas grand-chose...

- hum... Que dirais-je qui ne fera pas naître en vous du dénigrement, du mépris, de la moquerie ? Qui n'ouvrira pas les verrous d'un déferlement de rage et de méchanceté qui n'aura de cesse de tout détruire sur son passage. Détruire, piétiner, écraser, faire taire, l'occasion d'exprimer votre haine tapie au creux et puis ne pas comprendre, s'étonner, "tu ne dis plus rien ?".

Dis...

 - Dis, Papa, qu'est-ce qui te ferait le plus plaisir ?

- Que tu sois heureuse, mon coeur. Heureuse et forte. Que personne ne te trompe. Que tu sois heureuse et que tu connaisses Dieu comme je le connais. Que tu le vois comme je le vois. Que tu en aies conscience comme j'en ai conscience. Que tu saisisses sa beauté, sa grandeur, sa douceur, sa bonté, sa patience infini, sa gentillesse.  Les hommes qui savent encore la bonté sont rare. Que tu saches sa présence, toujours. Son silence, et pourtant, tout parle de lui, constamment. La couleur, la lumière, les reflets, la chaleur, partout la beauté et la grandeur. Il est, et cela nous suffit. Si tu savais tout ce qu'il a fait pour moi, si tu savais comme je l'aime. Cet amour, c'est lui qui me l'a donné, qui me l'a déposé. Depuis, il bat tout au fond de moi, il bat sans cesse, il grandit et remplit tout.

Voir s'épanouir...

 Voir s'épanouir le mystère de la vie. Comme je déteste ce mot, mystère, il n'y a aucun mystère dans la vie, il n'y a que des secrets. Le terme grec "musterion", dans le nouveau testament, n'a pas été traduit. Il ne signifie pas "mystère" mais "secret". Un secret se chuchote, un secret se partage, un secret se révèle. Pelures d'oignons, le monde se met à jour, couche après couche, lentement. Voilà la vie, elle s'épanouit. Elle ne dit pas tout d'un coup aux hommes impatients. Elle se révèle, épanouit tout son potentiel, nous remplit et nous émerveille. Le mystère n'est pas lumière, la lumière est vie. Le mystère est une porte close d'où rien ne rayonne, pas même un bruit. Le secret, lui, se donne, s'offre, généreusement. Il nous fait entrer et goûter, s'y baigner.

mercredi 20 avril 2022

Des nuages continents.

Des nuages continents,  

Tel des cartes au dessus de nos têtes,   

En voyage indolents,   

Se réjouissent en silencieuses fêtes.

mardi 19 avril 2022

La Cigale n'a pas dit son dernier mot (et autres histoires jeunesse).


Après avoir mis en ligne deux ebook ("Résonances fragmentées" sur le thème de la souffrance et "Bienvenue en Hippolie" sur le thème de la démocratie), en voici un troisième : "La Cigale n'a pas dit son dernier mot (et autres contes)". Il s'agit là de cinq récits pour enfants de six à huit ans. 
Lien : 


La Cigale n'a pas dit son dernier mot : La suite direct de la célèbre fable de la Fontaine. Il fait froid, la Fourmi n'a pas voulu aider la Cigale, cette dernière va devoir trouver une solution pour s'en sortir. Elle commence par faire la seule chose qu'elle sait faire, chanter et jouer de la guitare... 

Boulotte la marmotte : Dans les montagnes, mieux vaut ne pas dire à Boulotte qu'elle est grosse, même si on est un chevalier bien armé, parce que sinon, gare à ses fesses.. 

Le plus petit samouraï du monde : Même quand on est tout petit, on a une grande valeur. 

Le lit merveilleux : L'amour ne se mérite pas, il est gratuit. 

Tête de vache : Initialement paru aux éditions Bayard, ce récit nous parle de la tête qu'on a, on a la tête qu'on a et c'est très bien comme ça. 

Prochain ebook en préparation : "La planète endormie", une nouvelle de science-fiction sur la première rencontre extra-terrestre de l'histoire de l'humanité.


lundi 18 avril 2022

L'enjeu du salaire (1)

J'ai commencé la lecture de "L'enjeu du salaire" de Bernard Friot ces jours-ci. Cela m'a inspiré cette réflexion...

Sur la base de la déclaration des droits de l'Homme, il devrait être interdit - et cela devrait faire explicitement parti de la Constitution du pays - il devrait être interdit de faire du profit financier sur le travail d'autrui. Ainsi, une entreprise qui ferait un ou deux millions de bénéfice sur une année devrait être obligé par la loi de répartir ce bénéfice à part égal ou proportionnel (aux responsabilités, aux risques) entre tout les salariés étant donné que ce bénéfice est le fruit de leur travail, ce fruit leur revient donc de droit. 

samedi 5 mars 2022

Le jour où je dirai mon dernier mot.

Il y a bien un jour où je dirais mon dernier mot. Mais quel jour ? Quel âge aurais-je ? Serais-je vieux, très vieux ? Cheveux blanc, ridé, alité, amaigri, à tousser, ne pouvant plus marcher, mes articulations me faisant mal ? Tout ce qui m'aura préoccupé durant toute ma vie se sera alors évanoui et n'aura plus d'importance. A quoi penserais-je durant ces derniers jours ? Que ressentirais-je ? Je dirais mon dernier mot, mais lequel ? « J'aimerais encore boire un café ? », « Il fait bien beau aujourd'hui. », «Si je pouvais revoir la mer une dernière fois. », « Je n'ai plus la force de faire un dernier dessin », « J'ai aimé dessiner », « Est-ce que tout ce que j'ai fait à servi à quelque chose ? », « Heureusement que tu m'as aimé. », « Je veux bien partir mais je ne veux pas te quitter, et surtout pas te laisser seule. Qui va s'occuper de toi quand je ne serais plus là ? De qui pourras-tu t'occuper après moi ? », « J'ai froid », « Peux-tu éteindre la lumière ? ». Aurais-je toujours l'envie de commencer un dernier roman ? Cela aura-t-il encore un quelconque intérêt ? Aurais-je encore du bonheur à regarder un tableau de Monet ou un dessin de Nicolas de Crécy ? Quel dernier mot et quel dernier regards poserais-je sur le monde. 

Il y a un jour où je dirais mon dernier mot. Sera-t-il un résumé de tout ce que j'ai vécu ? Une conclusion ? Sera-t-il lourd de mes illusions, de mes déceptions ? Sera-t-il un écho à toutes mes joies ? Avant de dire mon dernier mot, je me souviendrais peut-être des moments de ma vie, dans les tiroirs de ma mémoire, j'y sélectionnerais les plus heureux, les plus émouvants, les colorés, les joyeux. Si je peux, si je m'en souviens, si j'en ai la force. Ma mémoire n'a pas tout retenu, il me manque des morceaux, et peut-être qu'arrivé là, elle sera pleine de trous. Je devrais laisser mes regrets, tout ce que j'aurais voulu faire et que je n'ai pas pu, tout ce que j'aurais voulu ne pas faire, ne pas dire et que je n'ai pas su. Enfin, je pourrais laisser les blessures et les peines qui m'ont accompagnées, les laisser être enterrées et enfin oubliées. Plus personne dans ce monde n'y pensera. Je dirais mon dernier mot, mais sur quel ton ? Celui de la satisfaction du chemin parcouru ? Des progrès accompli ? Ou celui de la tristesse dont je n'ai jamais totalement pu me débarrasser ? Ou la joie j'espère, la joie enfin, d'avoir vécu, de ne pas avoir été écrasé ? Ou la paix, tout est bien comme ça, j'ai fait ce que j'ai pu, j'aurais pu faire mieux, j'aurais pu faire plus, j'aurais du. Plus ou mieux, est-ce vraiment important ? Quels sont les derniers mots que j'aimerais prononcer ? Qu'y a-t-il de plus important finalement ? Je devrais peut-être les écrire bien avant que le dernier jour vienne... « J'ai été aimé et maintenant tout peut commencer. », « Merci d'être encore là, près de moi, je pars, mais je ne t'abandonne pas », « Au revoir, à tout-à-l'heure ».


Autres textes 

Sur ce blog = Le jour où l'on m'a parlé de Rickey (sur l'amour et la peine de mort), Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo (sur l'Oklahoma, sur la guerre).

Sur Amazon = "Résonances fragmentées" (sur la peine et l'espérance) et "Bienvenue en Hippolie" (sur la démocratie).

mardi 22 février 2022

Le jour où l'on m'a parlé de Rickey.

  J'ai rencontré pour la première fois Danièle et René à Montpellier, au Fitzpatrick, un pub irlandais que j'aimais bien. J'y allais presque chaque jour pour prendre mon café et bouquiner au calme, l'après-midi, quand il n'y avait presque personne. J'y jouais aussi régulièrement aux échecs avec John, un auteur de BD norvégien qui vit en France. J'appréciais beaucoup le Fitzpatrick et son frère jumeau, « O'Carolans », un autre Pub irlandais de la ville. J'aimais son décor chaleureux, tout de bois vêtu, couvert d'objets anciens, variés et pittoresques, son grand calme alors que le soir, bière et rugby coulaient à flots enflammés. C'est là que j'ai donné rendez-vous à Danièle et René. Cela les a surpris, ils ne semblaient pas habitués à ce genre d'endroit, ils étaient plus âgés que moi. Ils m'avaient tout d'abord invité chez eux, mais il me semblait mieux de faire connaissance dans un lieu public, un lieu que je connaissais, où je me sentais à mon aise. Je ne sais plus comment ils m'avaient contactés, surement par internet, ils désiraient me rencontrer parce que j'étais dessinateur de BD, ils cherchaient un dessinateur, un scénariste, pour un projet particulier, un projet très important pour eux. Ils voulaient raconter une histoire exceptionnelle et bouleversante, celle de leur rencontre et de leur cheminement avec Rickey, un homme noir américain, accusé de meurtre, condamné à la peine de mort et exécuté au Texas en Avril 2013 à Huntsville. 


Danièle et René étaient un couple charmant, émouvant, plein d'affection mutuelle, des gens doux, délicats, attentionnés, sensibles à la souffrance des autres et particulièrement engagés et actifs. Après ce premier rendez-vous, je suis allé plusieurs fois chez eux, leur environnement était à leur image, chaleureux, paisible, plein de fleurs et de couleurs. Ils m'ont offert les livres que Danièle a écrit sur leur relation avec Rickey. Quelques années plus tard, René est mort d'un cancer, Danièle a continuée le chemin seule, sans son amour et son soutien, elle a aussi écrit sur ce déchirement, sur ce départ. Nous nous sommes souvent vu, nous avons partagé au-delà de l'histoire de Rickey un sentiment palpable de bienveillance, un parfum de bonté, une espérance de pardon et de guérison. Puis j'ai déménagé sur la Côte d'Azur et je les ai perdu de vue, tel la comète qui passe, s'éloigne et n'amasse pas grande mousse mais emporte avec elle quelques poussières d'étoiles, des miettes de rencontres qui brillent longtemps au fond de soi. J'ai été profondément ému par l'histoire de Rickey comme je l'ai été par les cœurs de Danièle et de René. J'étais impressionné par ce qu'ils m'ont appris sur cette vie, je me suis investi dans leur projet avec enthousiasme, j'y ai travaillé quelques mois, sur le scénario et sur les dessins. Le projet bouclé, je n'ai pas réussi à convaincre un éditeur de le signer pour que le livre soit publié. J'en fus déçu, j'en étais désolé et Danièle et René tout autant, sûrement davantage. Je n'étais peut-être pas le bon auteur pour ce projet, graphiquement et techniquement en tout cas, il méritait mieux, mais j'y ai mis tout mon cœur, sensible comme je l'étais à la souffrance des autres.


Rickey était un jeune enfant noir de quartiers pauvres des U.S.A. Elevé dans la violence, dans le manque d'amour, dans l'abus, violé par son père et par son oncle, embrigadé dans des cambriolages dès son plus jeune âge, son avenir était brisé dès le début, sa courbe infléchie vers la peine et le désarroi, vers la violence et la mort. Un soir, un couple rentre chez lui et découvre dans sa maison un gang en plein cambriolage. L'homme est tué, la femme violée, Rickey est l'un d'eux. Il sera le seul qu'on arrêtera, il n'est pas le seul coupable mais le seul qui paiera pour ce crime atroce. Il n'est pas innocent, contrairement au personnage du film de Joseph Sargent « Dites-leur que je suis un homme », et c'est ce qui m'a particulièrement intéressé dans cette histoire, outre l'attachement de deux français que tout éloignait d'un condamné à mort américain, tout sauf la compassion. On réagit promptement pour défendre un innocent, en masse, à juste titre et heureusement, mais comment traite-t-on les coupables dans nos sociétés occidentales civilisées ? Et comment devrions-nous les traiter ? Voilà des questions qui doivent être posées et réfléchies. Après le crime, Rickey est retrouvé, arrêté et condamné à la peine de mort toujours en vigueur au Texas. De l'autre côté de l'Atlantique, Danièle et René entreprennent d'écrire à des détenus pour leur apporter une écoute, un encouragement, un soutien dans leur isolement. Parmi ces détenus, Rickey. Une correspondance se met en place, se développe alors entre eux puis un attachement voit le jour dans les cœurs et grandit. Danièle et René sont bouleversé par les lettres de cet homme perdu et enfermé dans lesquelles ils découvrent le vécu et la souffrance. Ils décident de le rencontrer et se rendent au Texas, à la prison où sont détenus les criminels en attente de leur exécution, Polunsky Unit. Ils s'y rendront chaque année pendant dix ans pour le voir, toujours au travers d'une vitre de sécurité. Ils rencontrent un homme doux, humble et intellectuellement simple et limité. Les liens affectifs s'approfondiront entre eux et Rickey s'attachera tellement qu'il finira par les considérer comme ses parents. En France, Danièle et René récolteront des fonds pour payer un nouvel avocat afin de ré-examiner le dossier de Rickey et lui donner une peut-être une chance de survie. Ces démarches reculeront l'exécution et permettront qu'on fasse passer à Rickey des examens de Q.I. Ces tests révèleront un chiffre proche de 70, bien en dessous de la moyenne mais pas suffisamment bas pour éviter l'exécution. 


Vingt ans après son crime, Rickey n'était plus le même homme. Bien sûr, ce qu'il a fait est une horreur, ce à quoi il a participé est inexcusable, humainement impardonnable. Toute la difficulté pour moi était de parler de la souffrance d'un homme, de son enfance qui ne lui a laissé aucune chance de vivre normalement, de son traitement en prison, de son changement intérieur, tout en gardant devant mes yeux l'horreur de ce que cette femme a vécu, victime de l'agression de ces voyous, comment elle a perdu son mari, comment sa vie fut brisée. A Polunsky Unit, Rickey attendra vingt années son exécution, vingt ans qu'il passera dans une cellule de trois mètres sur deux, vingt-trois heures sur vingt-quatre, jour après jour, surveillé en permanence par les gardiens. J'ai du mal à m'imaginer... Comment peut-on vivre dans une pièce de trois mètres sur deux pendant vingt ans, sans sortir, si ce n'est dans une autre pièce, toujours seul, pour faire un tour de marche, une heure par jour ? Durant vingt longues années. N'est-ce pas là une torture ? N'est-ce pas une peine déjà suffisante pour le crime commis ? Y a-t-il jamais une peine suffisante, à la hauteur de la douleur des victimes ? Je pose simplement la question, sans en connaître la réponse. Peut-on seulement poser la question sans déchaîner les passions ? Peut-on encore poser des questions dans nos tours de convictions ? Si nous faisons le choix d'être une société civilisée, alors, il faut l'être aussi dans notre manière de traiter les criminels. Il ne s'agit pas de fermer les yeux sur leurs crimes, ni de les minimiser, ni de mépriser la souffrance des victimes mais de traiter ces hommes comme on aimerait être traité soi-même. Et surtout, si nous condamnons leurs crimes, nous ne pouvons les pratiquer à notre tour, même sur un criminel. Si nous condamnons le criminel, nous devons nous comporter mieux que lui, même envers lui. Où se trouve la limite entre vengeance et justice ? Ne peut-on pas aider un criminel à devenir un autre homme ? Croit-on au changement possible d'un être ? N'est-ce pas le devoir d'une société civilisée, n'est-ce pas son avenir ? La maltraitance des uns entraîne la maltraitance des autres et la souffrance de tous, dans une chaîne sans fin. 


Enfant battu, élevé par des parents alcooliques, violé, nourri de violence et de vols, Rickey découvre la compassion, l'amour et la douceur à la fin de sa vie, dans le couloir de la mort au travers de l'affection d'un couple de français venu d'un autre bout du monde, d'une autre culture, d'un autre niveau social. Dans sa cellule, Rickey regardait des livres de photos de chevaux courant librement dans les grands espaces, « Je serai comme un mustang, libre dans le vent. » disait-il. Enfermé jeune pour un crime qu'il a commis, il a mûri en prison où il a pris conscience de ses actes, regretté ce qu'il a fait, changé son cœur et ses sentiments pour le autres. Peut-être n'avait-il pas le choix diront certains, peut-être l'avait-il en fait.


Tout recours légaux épuisé, le jour de la sentence fixée, Danièle et René sont allé assister à l'exécution de leur paisible Rickey. Dans la Death Chamber, ils ont l'autorisation de pleurer mais pas de crier, derrière une vitre, ils peuvent le voir mais pas le toucher. Il aurait tant eu besoin qu'on lui tienne la main à ce moment là. Comme cela doit être déchirant de voir quelqu'un pour qui on a de l'affection être exécuté, sans pouvoir le prendre dans ses bras, sans pouvoir lui dire quelques mots de soutien. Une exécution froide et méthodique, une exécution administrative, devant les gardiens et les victimes du crime commis, devant ceux qui ont remplacé sa famille détruite. Une exécution technique, par intraveineuse, sans débordement, sans émotion violente, sans haine, sans cri. Les employés qui l'exécutent ne le haïssent même pas. Quel contraste avec les lynchages à l'Arbre aux pendus que Danièle et René ont visité au Texas durant l'un de leurs séjours, où on tuait les noirs et les voleurs de chevaux du siècle dernier dans la rage, la fureur et les hurlements. Pour Rickey, c'est une mort froide, calme et organisée. Rickey a le droit de dire ses derniers mots. A la victime il dira : « Je suis désolé de ce qui vous est arrivé... Je suis désolé de ce que vous avez subi... » puis à Dieu : « Je demande à mon Lord qui est bon de me pardonner. Je remercie mon Lord d'avoir fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. J'ai fait du mieux que j'ai pu pour apprendre à lire et à écrire. » Puis à Danièle et René : « Mom', Dad', merci pour l'amour que vous m'avez donné. ». Et dans un dernier soupir il criera « Esperanza! ». Il s'éteindra après de longues minutes d'agonie. 


Danièle et René obtiendront de l'administration américaine l'adoption officiel et la réception des cendres après l'incinération. Rickey ne voulait pas être enterré dans la prison comme le sont nombre de condamnés sans famille, il ne voulait pas rester là pour toujours. Après l'exécution, Danièle et René retrouvent le corps de Rickey dans une église de Huntsville. Pour la première fois, ils peuvent lui tenir la main : « Va vers ton enciellement, mon petit. » lui dit Danièle « Tu es libre maintenant. Tu es libre, enfin. ». Sorti de l'enfer, il entre en paix.


Danièle écrira : « Je me souviens de toutes tes tortures. Depuis ta boîte de 6m2 tu as bouleversé le monde. Je ne veux pas me battre contre les texans, non... contre personne, nous avons seulement à nous parler. Que s'est-il passé pour qu'un inconnu bouleverse autant nos vies ? La personne la plus étrangère qu'il nous ait été donné de rencontrer. Nous avons été sa famille imaginaire. Reste ce goût amer : Voir un homme mourir devant moi sans pouvoir l'aider. Rickey a donné à notre vie un autre sens, une autre direction. Il a fait exploser toutes nos certitudes sur ce monde. Nous avons appris à aimer sans condition. Je ne serai plus jamais la même ». De l'histoire de Danièle et René, il me restera cette phrase de Rickey : « J'ai dû attendre de me trouver dans le couloir de la mort pour être enfin aimé ».


Prochain texte = Le jour où je me suis approché de Fukushima. 

Autre texte sur ce blog = Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo. 

Autres textes sur Amazon = "Résonances fragmentées" et "Bienvenue en Hippolie, une autre démocratie" et "La cigale n'a pas dit son dernier mot" (textes jeunesse pour les 6-8 ans).

vendredi 28 janvier 2022

"Les chasseurs d'or" de J. O. Curwood

 

Le XIXe siècle, le Nord, le grand Nord canadien, les grands espaces sauvages, vides d'hommes, les lacs, les rivières, les forêts, les élans, les caribous, les ours, les loups et le trio d'aventuriers, Rod, Wabi et Mukoki l'indien, à la recherche de la mine d'or de John Ball, le fou aux balles d'or (qui a du inspirer Jean-Michel Charlier pour une aventure du lieutenant Blueberry). Ce roman au souffle frais est un vrai régal, les évènements s'y enchaînent avec rythme, les personnages y sont touchants, pleins d'humanité, d'honneur et de courage. Il fait suite aux "Chasseurs de loups" du même James Curwood, avec les mêmes héros et la jeune indienne Minetaki. On rêverait d'une grande et belle adaptation au cinéma.

mercredi 12 janvier 2022

Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo.


   C'était aux Etats-Unis, en Oklahoma, mon ami Hall, un illustrateur américain qui parlait un peu français et qui était d'une gentillesse immense comme le grand canyon, m'avait pris chez lui et conduit dans une longue balade sur les routes de sa région du monde. Nous avions fait un passage sur la mythique Road 66 qui part de Chicago pour s'arrêter en Californie. Les Etats-Unis me font toujours rêver. Les déserts les montagnes, les rochers arides immenses, les hauts buildings, les larges avenues, les longues voitures, les bus jaunes, le drapeau étoilé qui flotte un peu partout. Et la campagne, et les ranchs, et les chevaux, et les bisons, et les chapeaux, l'espace partout. Le souvenir des films et des séries télé de mon enfance reste vivant, Starsky et Hutch, Dallas, La petite maison dans la prairie, Steve McQueen. Et bien sûr, et surtout, les western, , Charles Bronson, John Wayne, Kirk Douglas, Robert Mitchum, les forts, les pantalons bleu et jaune, les gants blanc, le clairon, l'armée dans l'ouest, les indiens, les chevauchées, les colts... Le cinéma m'a fait aimé ce que je n'ai jamais vécu. J'étais heureux comme un gosse, le jour où j'ai assisté à un vrai rodéo, lors d'un autre voyage, en Indiana cette fois, sur des chevaux, sur des boeufs énervés, de vrais cow-boys, les yeux émerveillés. C'était dans une foire agricole. J'y ai vu une magnifique selle en cuir, typique, superbe travail d'artisan, des bijoux indiens, j'y ai essayé un beau chapeau « made in China ». J'en achèterai un autre ailleurs, « Made in Houston, Texas » cette fois.


Mon ami Hall avait écrit et illustré un livre sur la route 66 qu'il m'avait offert, « Emma doesn't want to race today ! She's in love with Route 66 ! », l'histoire d'un pigeon voyageur qui faisait des escales tout le long. Sur les routes d'Oklahoma, nous avons roulé des dizaines de kilomètres, route droite et champs de maïs à perte de vue. Route longue, monotone, parsemée d'une ferme rouge de temps en temps ou d'un derrick puisant le pétrole en faisant « oui » de la tête, inlassablement. Nous nous sommes arrêtés dans un petit restaurant classique où nous avons mangé un excellent hamburger avec une bonne viande, bien cuite. Avec la joie d'être là, je regardais passer les Harley et les Trucks aux chromes scintillants. Hall était âgé, très âgé, c'était un vétéran de la seconde guerre mondiale. A 18 ans, il avait mis les pieds en France, il avait fait le célèbre débarquement de Normandie dans mon pays. Nous nous sommes arrêté à un monument aux morts, souvenir rendu à ces jeunes tombés sur les plages du Nord de la France, qui n'ont pas eu le temps de voir Paris. Ces jeunes qui avaient tout une vie devant eux, des rêves, des désirs, des envies, des copines, des projets, une vie à eux, bien à eux, qu'eux seuls pouvaient vivre. Ces jeunes tombés, par milliers, fauchés par la folie et la barbarie de quelques égoïstes mégalomanes. Quand j'ai demandé à Hall comment c'était la guerre, il m'a simplement répondu que ce n'était pas comme dans les films. Il n'en a pas dit plus. Savoir quelque chose, c'est le vivre. Je ne saurai jamais la guerre. Heureusement. La cruauté des uns détruit la vie des autres. Hall fut blessé assez vite au débarquement et rapatrié à Londres. Les trois-quarts de son régiment ne sont pas rentrés chez eux. Je pense à tous ces parents endeuillés, brisés, à toutes ces fiancées qui se retrouvaient seules. Je pense à toutes ces choses belles et formidables qu'auraient pu faire ces hommes au cours de leur vie, ce qu'ils auraient pu inventer, découvrir, bâtir, offrir au monde. Je pense aux générations qu'ils auraient pu faire naître et à tout ce que ces générations auraient pu faire. Des médecins, des pompiers, des écrivains, des découvreurs, des musiciens, des acteurs que nous ne verrons jamais. On ne mesure pas tout ce dont une guerre nous prive. Le monde est lacéré, blessé de tant de perte, de tant de gâchis. Hall est très âgé maintenant, et toujours motivé, passionné, content, il déborde d'énergie. Il est un exemple de force et de vie pour moi. Quelle chance de l'avoir rencontré. 


Oklahoma. Road. Hall m'emmène en haut d'une colline où on trouve tout du long d'énormes rochers ronds. Paysage de western. Nous avons traversé des territoires indiens. Nous nous sommes arrêtés dans un musée consacré à l'histoire d'une tribu. Je ne savais pas qu'il y avait autant de tribus indiennes dans le Nord de l'Amérique, des dizaines, la plupart aux noms qui me sont inconnus. Dans ce musée, un village en bois est reconstitué à l'identique et à l'échelle véritable, sur un grand terrain. Tous les indiens n'étaient pas nomades, il y avait d'autres types d'habitations que les tipis de peaux, des maisons en bois, des maisons en terre. Le cinéma nous donne une image du monde, sur tous les sujets dont il parle. Une image sélectionnée, partielle, hypertrophiée, un gros plan dans la lumière pour le besoin du spectacle. Il y a la réalité et le spectacle, le monde et le spectacle, la vie et le spectacle, le vécu et le représenté, fixé, caricaturé, un gros plan qui prend toute la place dans nos mémoires et nos imaginations. Un détail qui efface tous les autres. Le cinéma est puissant.


Dans un autre musée, à Oklahoma City, toute la vie de l'Ouest américain y est représentée. J'y ai vu des sculptures en bronze sublimes représentant des indiens, des peintures superbes de l'époque de la conquête, un puma immense en marbre blanc dans le hall, des chariots, des vêtements, des ustensiles et dans une grande vitrine, plaisir de gosse, les effets personnels de John Wayne, lègue de sa famille. Armes, chapeaux et le bandeau de True grit. Tout cela émerveille le gamin que je suis resté et m'impressionne beaucoup. J'aime particulièrement les sculptures que je dévore des yeux. Comme j'aimerais y retourner et y passer plus de temps, seul. Sur la route avec Hall, nous croisons des bisons. D'abord, de loin, j'aperçois un troupeau dans la prairie qu'on longe, puis, juste au bord de la route, un bison, massif et magnifique, paisible comme les vaches chez nous. Les voitures ralentissent, les passagers prennent des photos, le bison ne bronche pas. Il est majestueux. Nous continuons, nous nous arrêtons dans un autre musée, sur la faune et la flore de la région. J'y dessine le croquis rapide d'un bison empaillé, deux indiens passent et l'un d'eux regarde mon dessin, ravi, l'autre évite et s'éloigne. Nous reprenons la route et faisons une étape particulière à laquelle je ne m'attendais pas, on s'arrête à un check point militaire. Hall présente sa carte de vétéran de la Seconde Guerre mondiale. On nous laisse passer. Nous entrons sur une base militaire de l'U.S. Army. On va d'abord y voir les restes d'un vieux fort du XIXe siècle, les ruines, quelques murs de pierres ridées. Ici, il y avait une garnison. Impressionnant. Ce lieu est parfumé du passé et des films dont l'écho résonne en moi. Un témoignage de l'histoire. Un vrai fort de la cavalerie. Je salue le lieutenant Blueberry - « Fort Navajo » de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, ainsi que John Wayne et Henry Fonda - « Massacre à Fort Apache » de John Ford. On s'éloigne un peu des habitations. On gare la voiture. Des arbres, des herbes sauvages, à l'écart, isolé, un cimetière. Un cimetière très ancien, du XIXe siècle. Un cimetière de prisonniers de guerre, des guerres indiennes. Hall me montre une tombe, décorée d'une pyramide de pierres ocres et rondes empilées les unes sur les autres, un monticule typique de la région si j'ai bien compris. C'est la tombe de Geronimo, le célèbre chef et guerrier Apachi. Géronimo, dit « Celui qui baille », né en 1829 au Nouveau-Mexique et mort prisonnier ici, à Fort Sill, Oklahoma, en 1909. Géronimo qui s'est battu pour les droits et la liberté de son peuple. Trente-six ans après sa mort, ses ennemis se battront pour la libération du mien. A côté de sa tombe, se trouve celle de sa fille. Je suis sur la tombe de Géronimo l'Apachi. Silence. 


Prochain texte = Le jour où l'on m'a parlé de Rickey.

Autres textes sur Amazon = "Résonances fragmentées" et "Bienvenue en Hippolie, une autre démocratie" et "La cigale n'a pas dit son dernier mot" (textes jeunesse pour les 6-8 ans).

mercredi 5 janvier 2022

mercredi 29 septembre 2021

Résonances fragmentées


 Je me lance, j'ai posté une première publication sur Amazon, par Kindle Direct Publishing, pour les supports numériques, "Résonances fragmentées". Il s'agit de deux textes courts, l'un sur la souffrance et l'espoir, l'autre est une fiction sur une personne qu'on vient arrêter en 1945. Je travaille sur d'autres projets de textes à publier dans ce format, notamment quatre textes jeunesse = Résonances fragmentées.

mardi 8 juin 2021

"Moments extraordinaires sous faux applaudissements" de Gipi.


Moments extraordinaires sous faux applaudissements. 

De Gipi aux éditions Futuropolis, 2019.


A mon sens, Gipi est un des plus grands auteurs de bande dessinée du moment. Il m'avait particulièrement impressionné par une histoire courte de 32 pages parue dans "Extérieur nuit" aux éditions Vertige Graphic, en 2005 intitulée "Muttererde". Ce petit récit fulgurant racontait avec force, tant graphique que narrative, le désarrois de quelques réfugiées clandestins découverts sur un cargo en pleine mer. Un récit sombre et poignant. 

Ensuite, du même auteur j'ai lu "La terre des fils", aux éditions Futuropolis, 2017, dans lequel j'ai retrouvé cette puissance narrative. Un récit terrible, post-apocalyptique, dans lequel on va toucher au plus profond besoin de l'Humain, être aimé, tout en s'écorchant jusqu'au sang. 

Enfin, voici "Moments extraordinaires sous faux applaudissements"... une bande dessinée de 150 pages qui touche au coeur avec brio, tout en finesse et en douceur. Toujours servi par un dessin magistral et efficace, tissé d'une narration originale et créative, l'auteur parle du moment où l'on perd sa maman, des souvenirs qui en découlent et des interprétations de ces souvenirs. Superbe et émouvant.


lundi 15 mars 2021

Des nouvelles d'H.G. Wells

On connaît bien les grands romans d'H.G. Wells, 'La guerre des mondes", "L'homme invisible", "La machine a remonter le temps" dont il y a eu plusieurs adaptations au cinema, des récits fondateurs qui ont inspirés bien des artistes de cinéma, des écrivains et des scénaristes de bande-dessinées. J'ai découvert avec bonheur les nouvelles de ce grand auteur de science-fiction et de fantastique qui sont un régal d'imagination et d'écriture... comme "La porte dans le mur", L'oeuf de cristal", "Le bazar magique", "Le nouvel accélérateur"... H.G. Wells était prodigieux.

vendredi 26 février 2021

Le vieil homme et la mer

 

Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway. 

Un bonheur de lecture qui se dévore comme souffle le vent dans cette histoire touchante. Bercée par la houle, on y voit le grand large, on y sent le sel et l'on entend les vagues. On y touche la tendresse, la peine et l'affection. Très ému par les pleurs du petit garçon à la fin. 

"Quand on est vieux, on ne devrait pas être seul." 

"L'homme n'est pas fait pour être vaincu."

"La pêche me tue autant qu'elle me garde en vie."