Des nuages continents,
Tel des cartes au dessus de nos têtes,
En voyage indolents,
Se réjouissent en silencieuses fêtes.
Des nuages continents,
Tel des cartes au dessus de nos têtes,
En voyage indolents,
Se réjouissent en silencieuses fêtes.
Prochain ebook en préparation : "La planète endormie", une nouvelle de science-fiction sur la première rencontre extra-terrestre de l'histoire de l'humanité.
J'ai commencé la lecture de "L'enjeu du salaire" de Bernard Friot ces jours-ci. Cela m'a inspiré cette réflexion...
Sur la base de la déclaration des droits de l'Homme, il devrait être interdit - et cela devrait faire explicitement parti de la Constitution du pays - il devrait être interdit de faire du profit financier sur le travail d'autrui. Ainsi, une entreprise qui ferait un ou deux millions de bénéfice sur une année devrait être obligé par la loi de répartir ce bénéfice à part égal ou proportionnel (aux responsabilités, aux risques) entre tout les salariés étant donné que ce bénéfice est le fruit de leur travail, ce fruit leur revient donc de droit.
Il y a un jour où je dirais mon dernier mot. Sera-t-il un résumé de tout ce que j'ai vécu ? Une conclusion ? Sera-t-il lourd de mes illusions, de mes déceptions ? Sera-t-il un écho à toutes mes joies ? Avant de dire mon dernier mot, je me souviendrais peut-être des moments de ma vie, dans les tiroirs de ma mémoire, j'y sélectionnerais les plus heureux, les plus émouvants, les colorés, les joyeux. Si je peux, si je m'en souviens, si j'en ai la force. Ma mémoire n'a pas tout retenu, il me manque des morceaux, et peut-être qu'arrivé là, elle sera pleine de trous. Je devrais laisser mes regrets, tout ce que j'aurais voulu faire et que je n'ai pas pu, tout ce que j'aurais voulu ne pas faire, ne pas dire et que je n'ai pas su. Enfin, je pourrais laisser les blessures et les peines qui m'ont accompagnées, les laisser être enterrées et enfin oubliées. Plus personne dans ce monde n'y pensera. Je dirais mon dernier mot, mais sur quel ton ? Celui de la satisfaction du chemin parcouru ? Des progrès accompli ? Ou celui de la tristesse dont je n'ai jamais totalement pu me débarrasser ? Ou la joie j'espère, la joie enfin, d'avoir vécu, de ne pas avoir été écrasé ? Ou la paix, tout est bien comme ça, j'ai fait ce que j'ai pu, j'aurais pu faire mieux, j'aurais pu faire plus, j'aurais du. Plus ou mieux, est-ce vraiment important ? Quels sont les derniers mots que j'aimerais prononcer ? Qu'y a-t-il de plus important finalement ? Je devrais peut-être les écrire bien avant que le dernier jour vienne... « J'ai été aimé et maintenant tout peut commencer. », « Merci d'être encore là, près de moi, je pars, mais je ne t'abandonne pas », « Au revoir, à tout-à-l'heure ».
Autres textes
Sur ce blog = Le jour où l'on m'a parlé de Rickey (sur l'amour et la peine de mort), Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo (sur l'Oklahoma, sur la guerre).
Sur Amazon = "Résonances fragmentées" (sur la peine et l'espérance) et "Bienvenue en Hippolie" (sur la démocratie).
Danièle et René étaient un couple charmant, émouvant, plein d'affection mutuelle, des gens doux, délicats, attentionnés, sensibles à la souffrance des autres et particulièrement engagés et actifs. Après ce premier rendez-vous, je suis allé plusieurs fois chez eux, leur environnement était à leur image, chaleureux, paisible, plein de fleurs et de couleurs. Ils m'ont offert les livres que Danièle a écrit sur leur relation avec Rickey. Quelques années plus tard, René est mort d'un cancer, Danièle a continuée le chemin seule, sans son amour et son soutien, elle a aussi écrit sur ce déchirement, sur ce départ. Nous nous sommes souvent vu, nous avons partagé au-delà de l'histoire de Rickey un sentiment palpable de bienveillance, un parfum de bonté, une espérance de pardon et de guérison. Puis j'ai déménagé sur la Côte d'Azur et je les ai perdu de vue, tel la comète qui passe, s'éloigne et n'amasse pas grande mousse mais emporte avec elle quelques poussières d'étoiles, des miettes de rencontres qui brillent longtemps au fond de soi. J'ai été profondément ému par l'histoire de Rickey comme je l'ai été par les cœurs de Danièle et de René. J'étais impressionné par ce qu'ils m'ont appris sur cette vie, je me suis investi dans leur projet avec enthousiasme, j'y ai travaillé quelques mois, sur le scénario et sur les dessins. Le projet bouclé, je n'ai pas réussi à convaincre un éditeur de le signer pour que le livre soit publié. J'en fus déçu, j'en étais désolé et Danièle et René tout autant, sûrement davantage. Je n'étais peut-être pas le bon auteur pour ce projet, graphiquement et techniquement en tout cas, il méritait mieux, mais j'y ai mis tout mon cœur, sensible comme je l'étais à la souffrance des autres.
Rickey était un jeune enfant noir de quartiers pauvres des U.S.A. Elevé dans la violence, dans le manque d'amour, dans l'abus, violé par son père et par son oncle, embrigadé dans des cambriolages dès son plus jeune âge, son avenir était brisé dès le début, sa courbe infléchie vers la peine et le désarroi, vers la violence et la mort. Un soir, un couple rentre chez lui et découvre dans sa maison un gang en plein cambriolage. L'homme est tué, la femme violée, Rickey est l'un d'eux. Il sera le seul qu'on arrêtera, il n'est pas le seul coupable mais le seul qui paiera pour ce crime atroce. Il n'est pas innocent, contrairement au personnage du film de Joseph Sargent « Dites-leur que je suis un homme », et c'est ce qui m'a particulièrement intéressé dans cette histoire, outre l'attachement de deux français que tout éloignait d'un condamné à mort américain, tout sauf la compassion. On réagit promptement pour défendre un innocent, en masse, à juste titre et heureusement, mais comment traite-t-on les coupables dans nos sociétés occidentales civilisées ? Et comment devrions-nous les traiter ? Voilà des questions qui doivent être posées et réfléchies. Après le crime, Rickey est retrouvé, arrêté et condamné à la peine de mort toujours en vigueur au Texas. De l'autre côté de l'Atlantique, Danièle et René entreprennent d'écrire à des détenus pour leur apporter une écoute, un encouragement, un soutien dans leur isolement. Parmi ces détenus, Rickey. Une correspondance se met en place, se développe alors entre eux puis un attachement voit le jour dans les cœurs et grandit. Danièle et René sont bouleversé par les lettres de cet homme perdu et enfermé dans lesquelles ils découvrent le vécu et la souffrance. Ils décident de le rencontrer et se rendent au Texas, à la prison où sont détenus les criminels en attente de leur exécution, Polunsky Unit. Ils s'y rendront chaque année pendant dix ans pour le voir, toujours au travers d'une vitre de sécurité. Ils rencontrent un homme doux, humble et intellectuellement simple et limité. Les liens affectifs s'approfondiront entre eux et Rickey s'attachera tellement qu'il finira par les considérer comme ses parents. En France, Danièle et René récolteront des fonds pour payer un nouvel avocat afin de ré-examiner le dossier de Rickey et lui donner une peut-être une chance de survie. Ces démarches reculeront l'exécution et permettront qu'on fasse passer à Rickey des examens de Q.I. Ces tests révèleront un chiffre proche de 70, bien en dessous de la moyenne mais pas suffisamment bas pour éviter l'exécution.
Vingt ans après son crime, Rickey n'était plus le même homme. Bien sûr, ce qu'il a fait est une horreur, ce à quoi il a participé est inexcusable, humainement impardonnable. Toute la difficulté pour moi était de parler de la souffrance d'un homme, de son enfance qui ne lui a laissé aucune chance de vivre normalement, de son traitement en prison, de son changement intérieur, tout en gardant devant mes yeux l'horreur de ce que cette femme a vécu, victime de l'agression de ces voyous, comment elle a perdu son mari, comment sa vie fut brisée. A Polunsky Unit, Rickey attendra vingt années son exécution, vingt ans qu'il passera dans une cellule de trois mètres sur deux, vingt-trois heures sur vingt-quatre, jour après jour, surveillé en permanence par les gardiens. J'ai du mal à m'imaginer... Comment peut-on vivre dans une pièce de trois mètres sur deux pendant vingt ans, sans sortir, si ce n'est dans une autre pièce, toujours seul, pour faire un tour de marche, une heure par jour ? Durant vingt longues années. N'est-ce pas là une torture ? N'est-ce pas une peine déjà suffisante pour le crime commis ? Y a-t-il jamais une peine suffisante, à la hauteur de la douleur des victimes ? Je pose simplement la question, sans en connaître la réponse. Peut-on seulement poser la question sans déchaîner les passions ? Peut-on encore poser des questions dans nos tours de convictions ? Si nous faisons le choix d'être une société civilisée, alors, il faut l'être aussi dans notre manière de traiter les criminels. Il ne s'agit pas de fermer les yeux sur leurs crimes, ni de les minimiser, ni de mépriser la souffrance des victimes mais de traiter ces hommes comme on aimerait être traité soi-même. Et surtout, si nous condamnons leurs crimes, nous ne pouvons les pratiquer à notre tour, même sur un criminel. Si nous condamnons le criminel, nous devons nous comporter mieux que lui, même envers lui. Où se trouve la limite entre vengeance et justice ? Ne peut-on pas aider un criminel à devenir un autre homme ? Croit-on au changement possible d'un être ? N'est-ce pas le devoir d'une société civilisée, n'est-ce pas son avenir ? La maltraitance des uns entraîne la maltraitance des autres et la souffrance de tous, dans une chaîne sans fin.
Enfant battu, élevé par des parents alcooliques, violé, nourri de violence et de vols, Rickey découvre la compassion, l'amour et la douceur à la fin de sa vie, dans le couloir de la mort au travers de l'affection d'un couple de français venu d'un autre bout du monde, d'une autre culture, d'un autre niveau social. Dans sa cellule, Rickey regardait des livres de photos de chevaux courant librement dans les grands espaces, « Je serai comme un mustang, libre dans le vent. » disait-il. Enfermé jeune pour un crime qu'il a commis, il a mûri en prison où il a pris conscience de ses actes, regretté ce qu'il a fait, changé son cœur et ses sentiments pour le autres. Peut-être n'avait-il pas le choix diront certains, peut-être l'avait-il en fait.
Tout recours légaux épuisé, le jour de la sentence fixée, Danièle et René sont allé assister à l'exécution de leur paisible Rickey. Dans la Death Chamber, ils ont l'autorisation de pleurer mais pas de crier, derrière une vitre, ils peuvent le voir mais pas le toucher. Il aurait tant eu besoin qu'on lui tienne la main à ce moment là. Comme cela doit être déchirant de voir quelqu'un pour qui on a de l'affection être exécuté, sans pouvoir le prendre dans ses bras, sans pouvoir lui dire quelques mots de soutien. Une exécution froide et méthodique, une exécution administrative, devant les gardiens et les victimes du crime commis, devant ceux qui ont remplacé sa famille détruite. Une exécution technique, par intraveineuse, sans débordement, sans émotion violente, sans haine, sans cri. Les employés qui l'exécutent ne le haïssent même pas. Quel contraste avec les lynchages à l'Arbre aux pendus que Danièle et René ont visité au Texas durant l'un de leurs séjours, où on tuait les noirs et les voleurs de chevaux du siècle dernier dans la rage, la fureur et les hurlements. Pour Rickey, c'est une mort froide, calme et organisée. Rickey a le droit de dire ses derniers mots. A la victime il dira : « Je suis désolé de ce qui vous est arrivé... Je suis désolé de ce que vous avez subi... » puis à Dieu : « Je demande à mon Lord qui est bon de me pardonner. Je remercie mon Lord d'avoir fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. J'ai fait du mieux que j'ai pu pour apprendre à lire et à écrire. » Puis à Danièle et René : « Mom', Dad', merci pour l'amour que vous m'avez donné. ». Et dans un dernier soupir il criera « Esperanza! ». Il s'éteindra après de longues minutes d'agonie.
Danièle et René obtiendront de l'administration américaine l'adoption officiel et la réception des cendres après l'incinération. Rickey ne voulait pas être enterré dans la prison comme le sont nombre de condamnés sans famille, il ne voulait pas rester là pour toujours. Après l'exécution, Danièle et René retrouvent le corps de Rickey dans une église de Huntsville. Pour la première fois, ils peuvent lui tenir la main : « Va vers ton enciellement, mon petit. » lui dit Danièle « Tu es libre maintenant. Tu es libre, enfin. ». Sorti de l'enfer, il entre en paix.
Danièle écrira : « Je me souviens de toutes tes tortures. Depuis ta boîte de 6m2 tu as bouleversé le monde. Je ne veux pas me battre contre les texans, non... contre personne, nous avons seulement à nous parler. Que s'est-il passé pour qu'un inconnu bouleverse autant nos vies ? La personne la plus étrangère qu'il nous ait été donné de rencontrer. Nous avons été sa famille imaginaire. Reste ce goût amer : Voir un homme mourir devant moi sans pouvoir l'aider. Rickey a donné à notre vie un autre sens, une autre direction. Il a fait exploser toutes nos certitudes sur ce monde. Nous avons appris à aimer sans condition. Je ne serai plus jamais la même ». De l'histoire de Danièle et René, il me restera cette phrase de Rickey : « J'ai dû attendre de me trouver dans le couloir de la mort pour être enfin aimé ».
Prochain texte = Le jour où je me suis approché de Fukushima.
Autre texte sur ce blog = Le jour où je suis allé sur la tombe de Géronimo.
Autres textes sur Amazon = "Résonances fragmentées" et "Bienvenue en Hippolie, une autre démocratie" et "La cigale n'a pas dit son dernier mot" (textes jeunesse pour les 6-8 ans).
Mon ami Hall avait écrit et illustré un livre sur la route 66 qu'il m'avait offert, « Emma doesn't want to race today ! She's in love with Route 66 ! », l'histoire d'un pigeon voyageur qui faisait des escales tout le long. Sur les routes d'Oklahoma, nous avons roulé des dizaines de kilomètres, route droite et champs de maïs à perte de vue. Route longue, monotone, parsemée d'une ferme rouge de temps en temps ou d'un derrick puisant le pétrole en faisant « oui » de la tête, inlassablement. Nous nous sommes arrêtés dans un petit restaurant classique où nous avons mangé un excellent hamburger avec une bonne viande, bien cuite. Avec la joie d'être là, je regardais passer les Harley et les Trucks aux chromes scintillants. Hall était âgé, très âgé, c'était un vétéran de la seconde guerre mondiale. A 18 ans, il avait mis les pieds en France, il avait fait le célèbre débarquement de Normandie dans mon pays. Nous nous sommes arrêté à un monument aux morts, souvenir rendu à ces jeunes tombés sur les plages du Nord de la France, qui n'ont pas eu le temps de voir Paris. Ces jeunes qui avaient tout une vie devant eux, des rêves, des désirs, des envies, des copines, des projets, une vie à eux, bien à eux, qu'eux seuls pouvaient vivre. Ces jeunes tombés, par milliers, fauchés par la folie et la barbarie de quelques égoïstes mégalomanes. Quand j'ai demandé à Hall comment c'était la guerre, il m'a simplement répondu que ce n'était pas comme dans les films. Il n'en a pas dit plus. Savoir quelque chose, c'est le vivre. Je ne saurai jamais la guerre. Heureusement. La cruauté des uns détruit la vie des autres. Hall fut blessé assez vite au débarquement et rapatrié à Londres. Les trois-quarts de son régiment ne sont pas rentrés chez eux. Je pense à tous ces parents endeuillés, brisés, à toutes ces fiancées qui se retrouvaient seules. Je pense à toutes ces choses belles et formidables qu'auraient pu faire ces hommes au cours de leur vie, ce qu'ils auraient pu inventer, découvrir, bâtir, offrir au monde. Je pense aux générations qu'ils auraient pu faire naître et à tout ce que ces générations auraient pu faire. Des médecins, des pompiers, des écrivains, des découvreurs, des musiciens, des acteurs que nous ne verrons jamais. On ne mesure pas tout ce dont une guerre nous prive. Le monde est lacéré, blessé de tant de perte, de tant de gâchis. Hall est très âgé maintenant, et toujours motivé, passionné, content, il déborde d'énergie. Il est un exemple de force et de vie pour moi. Quelle chance de l'avoir rencontré.
Oklahoma. Road. Hall m'emmène en haut d'une colline où on trouve tout du long d'énormes rochers ronds. Paysage de western. Nous avons traversé des territoires indiens. Nous nous sommes arrêtés dans un musée consacré à l'histoire d'une tribu. Je ne savais pas qu'il y avait autant de tribus indiennes dans le Nord de l'Amérique, des dizaines, la plupart aux noms qui me sont inconnus. Dans ce musée, un village en bois est reconstitué à l'identique et à l'échelle véritable, sur un grand terrain. Tous les indiens n'étaient pas nomades, il y avait d'autres types d'habitations que les tipis de peaux, des maisons en bois, des maisons en terre. Le cinéma nous donne une image du monde, sur tous les sujets dont il parle. Une image sélectionnée, partielle, hypertrophiée, un gros plan dans la lumière pour le besoin du spectacle. Il y a la réalité et le spectacle, le monde et le spectacle, la vie et le spectacle, le vécu et le représenté, fixé, caricaturé, un gros plan qui prend toute la place dans nos mémoires et nos imaginations. Un détail qui efface tous les autres. Le cinéma est puissant.
Dans un autre musée, à Oklahoma City, toute la vie de l'Ouest américain y est représentée. J'y ai vu des sculptures en bronze sublimes représentant des indiens, des peintures superbes de l'époque de la conquête, un puma immense en marbre blanc dans le hall, des chariots, des vêtements, des ustensiles et dans une grande vitrine, plaisir de gosse, les effets personnels de John Wayne, lègue de sa famille. Armes, chapeaux et le bandeau de True grit. Tout cela émerveille le gamin que je suis resté et m'impressionne beaucoup. J'aime particulièrement les sculptures que je dévore des yeux. Comme j'aimerais y retourner et y passer plus de temps, seul. Sur la route avec Hall, nous croisons des bisons. D'abord, de loin, j'aperçois un troupeau dans la prairie qu'on longe, puis, juste au bord de la route, un bison, massif et magnifique, paisible comme les vaches chez nous. Les voitures ralentissent, les passagers prennent des photos, le bison ne bronche pas. Il est majestueux. Nous continuons, nous nous arrêtons dans un autre musée, sur la faune et la flore de la région. J'y dessine le croquis rapide d'un bison empaillé, deux indiens passent et l'un d'eux regarde mon dessin, ravi, l'autre évite et s'éloigne. Nous reprenons la route et faisons une étape particulière à laquelle je ne m'attendais pas, on s'arrête à un check point militaire. Hall présente sa carte de vétéran de la Seconde Guerre mondiale. On nous laisse passer. Nous entrons sur une base militaire de l'U.S. Army. On va d'abord y voir les restes d'un vieux fort du XIXe siècle, les ruines, quelques murs de pierres ridées. Ici, il y avait une garnison. Impressionnant. Ce lieu est parfumé du passé et des films dont l'écho résonne en moi. Un témoignage de l'histoire. Un vrai fort de la cavalerie. Je salue le lieutenant Blueberry - « Fort Navajo » de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, ainsi que John Wayne et Henry Fonda - « Massacre à Fort Apache » de John Ford. On s'éloigne un peu des habitations. On gare la voiture. Des arbres, des herbes sauvages, à l'écart, isolé, un cimetière. Un cimetière très ancien, du XIXe siècle. Un cimetière de prisonniers de guerre, des guerres indiennes. Hall me montre une tombe, décorée d'une pyramide de pierres ocres et rondes empilées les unes sur les autres, un monticule typique de la région si j'ai bien compris. C'est la tombe de Geronimo, le célèbre chef et guerrier Apachi. Géronimo, dit « Celui qui baille », né en 1829 au Nouveau-Mexique et mort prisonnier ici, à Fort Sill, Oklahoma, en 1909. Géronimo qui s'est battu pour les droits et la liberté de son peuple. Trente-six ans après sa mort, ses ennemis se battront pour la libération du mien. A côté de sa tombe, se trouve celle de sa fille. Je suis sur la tombe de Géronimo l'Apachi. Silence.
Prochain texte = Le jour où l'on m'a parlé de Rickey.
Autres textes sur Amazon = "Résonances fragmentées" et "Bienvenue en Hippolie, une autre démocratie" et "La cigale n'a pas dit son dernier mot" (textes jeunesse pour les 6-8 ans).
De Gipi aux éditions Futuropolis, 2019.
A mon sens, Gipi est un des plus grands auteurs de bande dessinée du moment. Il m'avait particulièrement impressionné par une histoire courte de 32 pages parue dans "Extérieur nuit" aux éditions Vertige Graphic, en 2005 intitulée "Muttererde". Ce petit récit fulgurant racontait avec force, tant graphique que narrative, le désarrois de quelques réfugiées clandestins découverts sur un cargo en pleine mer. Un récit sombre et poignant.
Ensuite, du même auteur j'ai lu "La terre des fils", aux éditions Futuropolis, 2017, dans lequel j'ai retrouvé cette puissance narrative. Un récit terrible, post-apocalyptique, dans lequel on va toucher au plus profond besoin de l'Humain, être aimé, tout en s'écorchant jusqu'au sang.
Enfin, voici "Moments extraordinaires sous faux applaudissements"... une bande dessinée de 150 pages qui touche au coeur avec brio, tout en finesse et en douceur. Toujours servi par un dessin magistral et efficace, tissé d'une narration originale et créative, l'auteur parle du moment où l'on perd sa maman, des souvenirs qui en découlent et des interprétations de ces souvenirs. Superbe et émouvant.
Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway.
Un bonheur de lecture qui se dévore comme souffle le vent dans cette histoire touchante. Bercée par la houle, on y voit le grand large, on y sent le sel et l'on entend les vagues. On y touche la tendresse, la peine et l'affection. Très ému par les pleurs du petit garçon à la fin.
"Quand on est vieux, on ne devrait pas être seul."
"L'homme n'est pas fait pour être vaincu."
"La pêche me tue autant qu'elle me garde en vie."
J'ai commencé la lecture d'un livre très intéressant, "Principes du gouvernement représentatif" de Bernard Manin. Le premier chapitre explique le fonctionnement de la démocratie à Athènes dans l'Antiquité, puis les gouvernements de Rome, de Florence, de Venise puis l'Angleterre, la France, les Etats-Unis, le triomphe du principe de l'élection et d'autres voies possibles. A Athènes, ils avaient mis en place une institution géniale, un tribunal qui devait examiner si les décisions de l'Assemblée étaient conforme au bien de tous. Dans le cas contraire, ce tribunal avait le pouvoir d'annuler la décision de l'Assemblée. Ce tribunal était constitué de personnes tirées au sort, comme nos jury de tribunaux actuels, cela ne pouvait donc pas être des élus, des professionnels de la politique, des membres de partis, des gens aux intérêts privés. Récemment, en France, les élus de l'Assemblée nationale ont voté, pas tous mais une majorité, pour l'emploi de tel ou tel pesticide dans l'agriculture. Le tribunal d'Athènes dont je parle aurait peut-être annulé ce choix pour le bien de la population. Quel pouvoir avons-nous aujourd'hui entre nos mains pour décider de ce qui concerne nos vies ?
J'ai du attendre d'avoir cinquante ans pour prendre conscience que nous ne sommes pas en démocratie en France aujourd'hui. Comme la plupart, je croyais, sans y avoir jamais réfléchi, que pouvoir voter nous plaçait dans une société démocratique. Mais voter pour un chef qui, une fois élu, peut faire ce qu'il veut, sans contrainte ni redevabilité, sans contrôle de la population, ce n'est finalement pas une démocratie mais plutôt une sorte d'aristocratie élective. Prenez les élections présidentielles... Les candidats doivent obtenir 500 signatures d'élus pour pouvoir se présenter, ce sont donc les élus qui choisissent qui à le droit de se présenter, le choix du peuple n'apparaît qu'après leur choix fait. Je peux pas voter pour qui je veux mais pour qui on me propose, ça n'a rien de démocratique. Une fois un candidat élu, il peut faire ce qu'il veut, y compris le contraire de son programme ou de son discours pré-électoral, la population que nous sommes n'ayant aucun pouvoir pour l'arrêter ou le destituer si il fait passer des lois injustes ou inégales, des lois qui peuvent plonger des milliers de gens dans la pauvreté par exemple. Si tout est entre les mains des élus, en quoi est-ce démocratique ? N'est-ce pas plutôt là une autre forme d'aristocratie ? Une aristocratie moderne.
Je vous conseille ce livre passionnant.
Une idée de loi... Et si on instituait une nouvelle sorte de SMIC, proportionnel aux bénéfices des entreprises... Les PME-PMI seraient obligées de payer le SMIC actuel, comme elle le font aujourd'hui, mais les entreprises plus importantes, celles qui font d'importants bénéfices seraient obligées d'appliquer un SMIC plus élevé pour tous les employés. On peut aussi envisager un SMIC plus ou moins élevé suivant le coût de la vie des régions où sont situés les entreprises. Il y a surement bien d'autres idées à trouver pour améliorer nos systèmes et répartir les richesses de manière plus équitable.