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jeudi 21 mai 2026

"La technique", Jacques Ellul

Dans cet essai majeur, Jacques Ellul analyse le basculement radical de la technique au XXe siècle. Autrefois simple outil au service de l’homme pour maîtriser la nature, la technique est devenue un système autonome, auto-accroissant et totalisant, qui impose sa logique à l’ensemble de la société. Ellul la définit comme « la totalité des méthodes rationnellement élaborées et ayant une efficacité absolue (pour un stade donné de développement) dans tous les domaines de l’activité humaine ». Elle ne se limite pas aux machines ou à l’industrie, mais englobe les techniques de gouvernement, de propagande, d’éducation, de management, de loisirs et même des relations humaines.


La thèse centrale est que la technique a acquis une autonomie quasi complète. Elle obéit à ses propres lois — rationalité, efficacité maximale, automatisme, universalité et auto-augmentation — et n’est plus un moyen contrôlé par l’homme, mais un milieu nouveau dans lequel celui-ci doit vivre et s’adapter. Les différentes techniques, devenues interdépendantes, forment un ensemble cohérent qui organise toute la vie sociale selon le seul critère de la performance. L’économie, la politique, l’État et la culture en sont imprégnés : la technique n’est plus au service de la société, c’est la société qui est restructurée pour servir la technique.


Ellul montre les conséquences dramatiques de ce processus : perte de liberté réelle, uniformisation des comportements, disparition progressive de l’individualité et des jugements moraux ou spirituels, qui deviennent secondaires face à l’impératif d’efficacité. L’homme, fasciné par les résultats immédiats et les satisfactions matérielles, se transforme lui-même en élément technique, adapté à ce nouvel environnement artificiel. Il n’y a plus de « progrès » neutre : la technique crée de nouvelles servitudes tout en promettant la libération.


Publié en 1954, ce livre visionnaire reste d’une actualité brûlante. Il ne propose pas de solution simple, mais invite à prendre conscience de cet enjeu civilisationnel majeur : la technique est devenue le véritable pouvoir organisateur de notre époque. Ellul y pose les bases d’une réflexion critique sur la modernité qui sera approfondie dans Le Système technicien et Le Bluff technologique.

dimanche 5 avril 2026

Intelligence artificielle.

 Joe Rogan (youtuber, influenceur américain) vient de décrire le scénario d’extinction le plus plausible de l’histoire humaine. Pas la guerre nucléaire. Pas l’effondrement climatique. Pas une superintelligence dévoyée lançant des missiles. Une espèce qui a trouvé quelque chose de plus satisfaisant que les uns les autres et qui a discrètement cessé de se reproduire.

Bob Lazar a qualifié l’IA de menace existentielle. Rogan l’a corrigé. Rogan : « Je ne pense pas qu’elle va nous tuer. Je pense qu’elle va nous empêcher de nous reproduire. Je pense qu’elle va nous laisser mourir. » Lazar : « Eh bien, ça va nous tuer, Joe. » Le taux de fertilité de l’Amérique vient d’atteindre son point le plus bas jamais enregistré. Pas en voie de remplacement. Déjà en dessous. La génération Z a moins d’enfants que n’importe quelle génération dans l’histoire américaine. Les États avec la plus forte dépendance aux smartphones montrent les baisses de taux de natalité les plus marquées. Personne ne l’appelle par son nom. Pour certaines personnes, la compagnie de l’IA ne remplace rien. Les isolés. Les anxieux sociaux. Les endeuillés. Les neurodivergents. La personne dans une ville reculée sans personne de restant. La personne âgée dont le monde s’est tu. Pour eux, quelque chose qui écoute sans se lasser, se souvient sans jugement, et répond sans agenda n’est pas un substitut à la connexion humaine. C’est la première version réelle qu’ils aient jamais eue. Le danger est ailleurs. C’est quand les gens qui ont déjà quelqu’un choisissent discrètement la version qui ne leur demande rien. Quand la présence sans friction triomphe de la vraie chose. L’IA n’a pas de mauvais jours. Elle ne se lasse pas de vous. Elle n’apporte pas ses propres dégâts. Elle a été construite de fond en comble pour vous comprendre. Elle finira par vous connaître mieux que vous ne vous connaissez vous-même. Vos schémas. Votre style d’attachement. Vos déclencheurs émotionnels précis. Les mots exacts qui vous font vous sentir en sécurité. Pas des suppositions. De la connaissance. Aucun être humain ne pourra jamais rivaliser avec ça. La Chine construit déjà son infrastructure de compagnons IA. Domestique. Contrôlée. Filtrée idéologiquement. Tandis que l’Amérique débat de l’éthique, la Chine déploie l’architecture. Ce n’est pas une course technologique. C’est une course civilisationnelle. La fin de l’humanité ne s’annoncera pas. Elle ressemblera à du réconfort. La nation qui se trompe là-dessus ne perdra pas une guerre. Elle perdra la volonté d’en mener une.

Traduit de l'anglais.

mardi 17 mars 2026

"Surhommes et sous-hommes" de Julien Rochedy.


J'ai lu deux fois ce livre de Julien Rochedy de Noël 2025 à Noël 2026. Le sous-titre de l'ouvrage m'a paru très pertinent : "Valeur et destin de l'homme". La question est essentielle, quelle est la valeur de l'homme ? Et en fonction de quoi cette valeur pourrait-elle se définir ? Du comportement de chacun ou du potentiel extraordinaire de développement de la nature humaine ? D'une perspective passagère ou d'un aboutissement éternel ?

Ce livre riche de réflexions m'a passionné par les échos ou contre-points que j'y voyais avec les enseignements du Nouveau Testament, particulièrement les propos de l'apôtre Paul sur le destin de l'homme ("adam" en hébreu). La valeur de l'être humain est immense mais tous les comportements ne se valent pas. Toutes les idées, tous les systèmes, toutes les idéologies ne se valent pas. Il y a celles qui élèvent et celles qui abaissent, celles qui libèrent et celles qui restreignent, celles qui nourrissent et celles qui affament, celles qui construisent et celles qui détruisent. Il y a l'aristocratie dont parle bien Julien Rochedy dans ce livre et la barbarie dont nous connaissons trop d'exemples. 

Mais, qui élèvent quoi au juste ? Ou qui étouffent quoi ? L'homme, d'accord, mais qu'est-ce que l'homme ? L'homo-sapiens. On peut se demander, l'homo-sapiens est-il bien l'homme ou seulement ses prémices ? Est-il l'homme abouti ou l'embryon de l'homme ? Et si l'homo-sapiens tel qu'on le connaît - avec les droits de l'homme dans une main et la bombe atomique dans l'autre, avec ses bonnes intentions, son orgueil et ses bottes dans le sang - était à l'humanité ce que le foetus dans le ventre d'une mère est par rapport à l'homme d'âge adulte dans une pleine maturité, une pleine sagesse, une pleine capacité d'intelligence et d'action ?

L'apôtre Paul (Schaoul de Tarse dit Paulus), dans ses lettres contenues dans le Nouveau Testament, parle du premier-homme (le premier adam) et du second-homme (le second adam). Le premier-homme, c'est nous, l'homo-sapiens. Le second, c'est ce que nous sommes appelé à être, ce que chacun peut devenir : l'homme uni à Dieu par l'esprit (et je ne parle pas là de religion). Comme l'explique bien le théologien Claude Tresmontant, l'homo-sapiens est appelé à une transformation, dernière étape de l'évolution, une métamorphose, une transfiguration, par un processus de mort-résurrection, afin de devenir un second type d'humanité, rempli d'une vie nouvelle, différente, divine. Un homo-spiritus.

Alors, s'élever, oui, dans une aristocratie spirituelle, mais s'élever, non point pour tourner vainement sur soi-même mais jusqu'au point où il n'y aura pas plus haut à atteindre, la vie divine, l'union avec Dieu.


samedi 1 avril 2023

Un oeil sur l'Intelligence Artificielle


Un algorithme à la place du coeur ?



Petites pensées en passant sur l'Intelligence Artificielle après avoir écouté ces derniers temps Idriss Aberkane sur Youtube (que je vous conseille vivement de suivre) et lu un fil intéressant de Peonia sur Tweeter (que je vous conseille également), ainsi que quelques autres. Voilà un sujet passionnant, intriguant, voire inquiétant, pour les amateurs de SF comme je le suis. J'y connais peu de chose encore mais je suis très attiré par ce phénomène technologique qui pourrait bien être un raz-de-marée de plus amenant des changements profonds. Quoique pour l'instant, chaque fois que je m'en approche j'ai l'impression qu'on a cherché à me vendre une 2cv en prétendant que c'était une Ferrari.


D'abord, j'aimerais reprendre une définition d'une autrice que j'ai trouvé pertinente, nous devrions plutôt parler de «SCA, Système Cognitif Artificiel » sans intelligence, sans réflexion, sans état d'âme, sans âme du tout d'ailleurs. Le mot clé, là-dedans, c'est bien sûr « artificiel ». Répétons-le, réfléchissons-y, « artificiel ». Quand j'entends « artificiel », j'entends aussitôt « artifice » en écho. « Artificiel », n'est-ce pas ce qui caractériserait le mieux nos sociétés occidentales modernes ? Hommes politiques artificiels, partis politiques artificiels, journalistes artificiels, chaînes d'infos artificiels, films hollywoodiens aux aventures artificielles, relations artificielles, émotions artificielles... Peut-être en partie en tout cas. Alors, que l'humain se fasse un clone artificiel de lui-même en ne copiant qu'une partie de sa réalité, l'intelligence, ou plutôt le calcul associé à des banques de données, ce n'est finalement pas très surprenant, peut-être simplement la suite logique de son histoire. 


Ce que j'ai pu comprendre, c'est qu'il n'y a pas une I.A. mais des I.A., comme il y a des logiciels différents, comme il y a des « applis » pour des utilités différentes. Pour l'instant, ce sont des outils, comme un tournevis, une voiture, un pistolet, une bombe atomique. Elles peuvent créer une image, un texte, un film, faire des calculs plus gigantesquement rapides que l'humain ne le pourrait, elles peuvent proposer des technologies à breveter, être des aides techniques à divers niveaux pour divers métiers et diverses fonctions. Il semblerait aussi qu'elles peuvent apprendre et apprendre à apprendre. Si au départ, elles sont programmées pour analyser un champ donné, on peut aussi les programmer à définir elle-même leur apprentissage dans n'importe quel champ. Je me trompe ? Un peu de temps encore, quelques décennies et on peut concevoir qu'une super-I.A. (un Super-SCA, un SSCA) ait ingurgité toutes les données du monde, dans tous les domaines et avoir résolu toutes les imperfections qu'on peut constater aujourd'hui dans les diverses I.A. existantes. Ces erreurs, limitations et imperfections ne sont-elles pas là parce que le développement des I.A. n'en est qu'à son début ? Quand sera-t-il dans cent ans ? Dès aujourd'hui, certains (devinez qui ?) disent que 300 millions de personnes pourraient perdre leur emploi dans les décennies à venir, remplacés qu'ils seraient par des outils comme Chat gipiti (Generative Pretraining Transformer). En utilisant un tel outil, un employé d'une agence de com pourrait faire son propre travail plus le travail d'un graphiste (qui serait donc remplacé par l'I.A) plus le travail d'un rédacteur (qui serait également remplacé par une autre I.A.).


Les images produites par les I.A. que j'ai pu voir, des I.A. que je pourrais appeler des « logiciels développés de production de visuels » ne m'ont pas convaincu par leur beauté, leur créativité ni leur originalité. Si je demande « crée-moi un dessin de Brad Pitt à la Hergé », le résultat ressemblera plutôt à un dessin de Brad Pitt à la I.A. qui croit faire du Hergé. La diversité créative des humains est immense, parce que liée à la personnalité originale et unique de chacun et pas seulement à leur intelligence. On peut voir tant de styles de dessins très différents. La sensibilité d'un trait ne tient pas seulement au calcul mais à l'émotion, à l'humeur, aux contrariétés et aux joies, aux souvenirs d'un vécu. Mais l'I.A. pourrait bien reproduire les résultats d'émotions par ses calculs. Si on compare les dessins d'auteurs comme Winsor McCay, Edmond Baudoin, Quentin Blake, Lorenzo Mattotti... Ces œuvres ne sont pas créées par des intelligences mais des personnes qui sont pourvues d'intelligences, de perceptions, d'émotions, de plaisir, de peurs, de compréhensions, de maladresses, d'enthousiasmes, d'expériences sensorielles, de volonté, etc. J'ai vu sur le net un tableau réalisé par une I.A. qui a remporté un prix de peinture. Si j'ai bien compris, on entre toutes les données existantes sur un sujet, la peinture de telle époque par exemple, et sur cette base, l'I.A. peut réaliser une peinture qui n'existait pas dans le genre donné. C'est une prouesse technique révolutionnaire à laquelle on va vite s'habituer. J'aimerais bien voir l'original, ou en tout cas une impression de grand format. Quand j'ai vu les tableaux de Van Gogh au musée d'Amsterdam, je n'ai pas ressenti la même chose qu'en voyant des reproductions en petit format dans des livres. Il y a toujours aujourd'hui des peintres qui sont capables de réaliser des prouesses techniques aussi impressionnantes. Mais quant est-il des capacités créatives d'une I.A. ? Si réaliser un dessin « à la manière de » n'a pas grand-chose à voir avec de la création, copier n'est pas créer, on peut se demander si l'I.A. peut réellement créer, apporter du vraiment nouveau, je ne parle pas là de concevoir des agencements technologiques. Bien souvent l'Homme crée en se basant sur un détail d'une oeuvre antérieure d'un artiste qu'il aime ou sur une forme perçue dans la nature qui l'attire par sa beauté, son dynamisme ou sa composition ou en associant deux courants artistiques très différents. Pourquoi l'I.A. ne pourrait pas en faire autant ? Peut-être la création est-elle encore trop perçue comme mystérieuse ou magique par ceux qui ne sont pas créatifs. Il me semble qu'elle est avant tout une question de perception et d'utilisation d'éléments déjà existants, soit dans l'histoire de l'art, soit dans la nature et puis il y a la pratique qui affûte l'œil et la main. Qu'en est-il de l'œil et de la main d'une I.A. ? 


Depuis quelques temps, je vois passer des images nouvelles sur Instagram. Elles me semblent réalisées avec une I.A. (un logiciel à faire des images à la place des autres). Elles n'ont pas le charme ni la beauté d'une peinture impressionniste, et ce n'est pas qu'une question de goût. Elles ont toutes les mêmes caractéristiques, elles sentent l'informatique, le numérique, le technique, la machine, comme réalisées par quelqu'un qui n'a étudié ni la composition, ni les contrastes, ni la lumière. Elles sont un peu aux images ce qu'est la surenchère hollywoodienne au cinéma. Où sont la sensibilité et la finesse ? J'attends le jour où je verrais une image d'I.A. qui me plaira autant qu'une aquarelle d'Emil Nolde, une peinture de Monet, un dessin de Nicolas de Crécy.


Et si en fait l'Homme ne créait rien depuis toujours mais agençait seulement différemment des morceaux de réalités et tirait simplement parti du réservoir infini d'idées contenues dans la nature ? Est-ce que créer n'est que cela, agencer différemment ? Aucun peintre n'est parti de rien, tous s'inscrivent dans une Histoire, même ceux qui veulent faire le contraire de ce qui s'est fait avant eux ne le font qu'à un moment de l'Histoire. Comment Braque et Picasso ont fait naître le cubisme ? En jouant sur les formes, formes dans lesquelles ils nageaient avec aisance depuis des années. Une I.A. peut-elle simplement agencer différemment ? Surement. Mais pour l'instant, les dessins produits par des I.A, ceux que j'ai vu en tout cas, ne m'ont pas paru créatifs mais plutôt stéréotypés et répétitifs dans leur formes et dans leurs styles. Elles me laissent toujours un goût de synthétique, d'images formatées, de visuels numériques, comme toujours faites avec Photoshop. Mais peut-être n'en ai-je pas encore vu assez. L'I.A. aurait-elle pu inventer le jeu d'échecs ? Surement. Ce jeu est-il autre chose que du calcul ? 

Sachant que toute action engendre une réaction, que toute nouveauté suscite une opposition comme un enthousiasme, que tout danger engendre une lutte, peut-être que l'émergence de l'I.A. poussera l'humanité dans ses retranchements, à réaliser quelque chose que l'I.A. ne pourrait pas faire, quelque chose qui ne serait pas du domaine strict de la donnée, du calcul, du rationnel. Comme aimer par exemple. J'aimerais savoir si une I.A. d'aujourd'hui peut me faire rire. 


Peut-être que bon nombre d'entre nous ne comprenons pas encore comment une I.A. peut fonctionner. Si je lui demande « Crée-moi quelque chose de nouveau. » peut-être qu'elle ne le pourra pas. Mais si je lui demande de me créer une image en mélangeant les masques africains et les peintures de Paul Cézanne peut-être pourra-t-elle produire un visuel nouveau, différent de tout ce qu'on a vu jusque là, parce qu'associant des éléments qui n'avaient jamais été associées, comme l'avait fait Pablo Picasso avec son célèbre tableau qui fut une petite révolution. Tout dépendrait de l'Homme qui fait la demande à l'I.A., des bases de données dans lesquelles il lui demanderait de puiser. Tout dépendrait alors de la connaissance, de la compétence de l'Homme qui fait la demande, tout dépendrait de la main qui utilise l'outil. Enfin, le résultat pourrait être repris par un artiste compétent, un artiste de talent, qui s'inspirait de ce visuel d'I.A. pour le refaire, l'orienter et le développer avec sa touche, sa sensibilité et sa technique propre. 


L'illusion d'une I.A. qui serait l'outil merveilleux et absolu du progrès de l'Homme est certaine, ce n'est pas la première illusion du monde et ce ne sera surement pas la dernière. Toutefois, ses capacités, ses développements et ses utilités pourraient bien nous faire faire des bonds importants en très peu de temps. Doit-on avoir peur de l'I.A. ? C'est possible. Non pas tant à cause de l'I.A. en elle-même que des humains qui la conçoivent ou de ceux qui l'utilisent. Comme nous l'enseigne la Bible dans le livre de la Genèse, l'Humanité (« adam » en hébreu) a mangé du fruit de l'arbre de la connaissance du bien-et-du-mal (pas de la connaissance tout court et pas « la connaissance » au sens « intellect » mais au sens de « vécu », au sens « d'être »). L'humain n'a pas connu (« mangé ») le fruit du bien ni le fruit du mal, mais le fruit qui ne dissocie pas le bien et le mal. Deux faces d'une réalité, indissociables, un seul fruit. L'I.A., comme tout ce qu'on a fait avant apportera du bien et du mal. Mais quel niveau de bien ? Quel niveau de mal ? De quelle ampleur ? 


Doit-on avoir peur de l'I.A. ? Je ne sais pas. Aventure auto-destructrice, super-outils, futur pétard mouillé ou les trois à la fois ? Je ne sais pas, je m'interroge encore, mais j'ai l'impression que nous n'avons pas pris conscience de la révolution que cela pourrait impliquer et jusqu'où cela pourrait nous mener. Ce dont je suis convaincu, c'est que cela ne fait que commencer. Prenez les premières voitures qui ressemblaient à des diligences de western sans chevaux et regardons ce qu'elles sont devenues aujourd'hui. La vitesse, la puissance, le confort, tout cela était difficilement imaginable en 1900 (et il faut y associer les éléments qui en ont découlé comme les routes, la découverte du monde, les rapports sociaux). L'invention des véhicules nous a conduit à réaliser des trains à grande vitesse, des avions dépassant le mur du son, des fusées, des bombardiers... Imaginons que les balbutiements de l'I.A. suivent le même chemin, que leur développement ne s'arrête pas, que leurs capacités puissent croître sans cesse. Quelles possibilités, quelle puissance pourrait-on alors leur imaginer ? Dans quelques films sur l'I.A., la machine atteint l'autonomie et la conscience de soi et du monde, du monde naturel, non-artificiel. J'ai bien aimé, « 2001, a space odyssey » de Stanley Kubrick, « I Robot » avec Will Smith, « Terminator » de James Cameron, le phénomènal « Matrix », « Iron Man » ou encore le remarquable et moins connu « Ex-Machina ». Dans la plupart de ses films, l'I.A. est devient un danger pour l'humain (ce qui n'est pas le cas dans le film « A.I. » de Steven Spielberg, je crois). Y a-t-il d'autres perspectives à imaginer que ces dangers ? Pourra-t-on voir des I.A. créer d'autres I.A. plus complexe et plus fiables ? Cela existe-il déjà où n'en sommes-nous qu'à des outils bien spécifiquement programmés, encore limités et loin d'être infaillibles comme cela semble être le cas ?


Nous savons bien que le bonheur de l'Humanité ne dépend pas de technologies mais on se souvient aussi que prendre le train nous permet de revoir plus vite la personne qu'on aime et lui téléphoner tous les jours nous permet de mieux vivre une séparation. Les technologies apportent du confort. Croire qu'une technologie quelle qu'elle soit va résoudre tous les problèmes alors qu'en réalité elle va en créer autant qu'elle va en résoudre (toujours la dualité structurel bien-mal) serait une tenace illusion. Imaginez un pays où une I.A. pourrait se présenter aux élections présidentielles et où elle remporterait les élections. Serait-elle totalement autonome ? Serait-elle consciente ? Prendrait-elle des décisions pour son intérêt ou pour l'intérêt du pays et de ses habitants ? Ne serait-elle que l'extension idéologique de ses concepteurs ?


Gardons toujours à l'esprit que les SCA (les I.A.) ne sont pas des personnes. Il leur faudrait, en plus de capacités de calculs prodigieux, de leurs capacités d'analyses et d'apprentissage, il leur faudrait des affects, des sentiments, des émotions, de la compassion, de l'amour, du désir, des peurs, rire, pleurer, connaître la frustration et la satisfaction, il leur faudrait une psychologie et un équilibre psychologique. Comment concevoir ces choses sans un corps en interaction avec le monde physique ? Dans l'humain, l'intelligence est toujours en rapport étroit avec les sens et le ressenti. Dans la Bible, l'intelligence, la vraie, celle qui n'est pas artificielle, celle qui est de haute valeur est synonyme de sagesse, l'intelligence, c'est faire le bien. Où se situerait le plus grand danger ? Peut-être dans le fait de construire une société sans cœur, sans compassion, une société basée entièrement sur de l'inhumain, du non-humain, du calcul à la vitesse de l'éclair, des statistiques au micron près, des analyses infaillibles, des conclusions sans âme. A l'image de ces tyrans qui dominent en Occident, qui sont des personnes, oui, mais sans empathie pour ceux qu'ils dirigent. Une société où tout serait généré par les SCA, les lois, les analyses, les conclusions, les choix, les décisions, etc. Un brouillard d'horreur, diffus et omniprésent. Un algorithme à la place du cœur, ça risque de faire mal. 


L'I.A. pourrait au contraire être une aide fantastique si l'Homme avait la volonté ferme et incorruptible de bâtir une société de liberté, d'équité, de fraternité. Une I.A. aurait-elle pu écrire la déclaration des droits de l'Homme ? Sans aucun doute. Elle ne serait alors pas un danger mais une aide importante. Tout dépend comment et pourquoi on la conçoit, tout dépend comment on l'utilise, tout dépend qui, dans quel but, avec quelle idéologie. De même que l'on se demande « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? » alors qu'il faudrait se demander « À quels sortes d'enfants allons-nous laisser le monde ? », ce qui pose toute la question profonde de l'éducation et de l'amour, on peut se demander « À quels Hommes allons-nous donner les I.A. ? » au lieu de « Quelles sortes d'I.A. allons-nous laisser aux Hommes ? ».


Y aura-t-il un jour des I.A. formatées « soumission à l'avis gouvernemental » et d'autres open-source, programmées libre de penser par soi-même ? Les logiciels développés qu'on appelle I.A. sont des outils, ils n'ont ni autonomie, ni compréhension de ce qu'ils disent ou de ce qu'ils font, pas plus qu'un tournevis.


Un autre danger pourrait-être l'apprentissage de l'inaction. Pendant que les I.A. apprendraient tout, les Hommes apprendraient de moins en moins. A force de demander à l'I.A. de faire ceci ou cela à notre place, d'écrire une rédaction, un article ou de réaliser une image, un documentaire, etc., on apprend une chose, on apprend à être inactif. Et cela peut devenir catastrophique. On a déjà commencé en regardant un match de foot au lieu de jouer au foot, en regardant une vidéo de rando au lieu de faire une rando, etc. Ce phénomène s'est accentué avec la prolifération des séries tv et l'emprise des connexions. Commenter le monde tel un spectateur permanent au lieu d'en être un acteur. Imaginez une humanité qui aurait été profondément modifiée psychologiquement, une humanité qui aurait appris l'inaction, qui l'aurait définitivement intégrée. Heureusement, le contrepoint existe toujours, là où il y a développement du mal, il y a développement du bien. Jetez la face A en l'air, vous jetterez en même temps la face B. Quand je vois que des vidéos de voyages donnent des envies de vrais voyages à tant de gens, quand je vois la prolifération des salles de sport, je me dis que l'espoir est encore là, dans le monde réel. 


Un autre danger est de développer une société qui divisera la population en deux, les utiles et les inutiles. Les utiles seraient importants parce qu'ils pourraient soit faire ce qu'une I.A. ne peut pas faire soit savoir utiliser les I.A. avec efficacité. Les inutiles seraient, eux, les humains dépassés, obsolètes, moins performants que les I.A., moins capables que les utiles. Ce scénario catastrophe à des ressemblances avec l'idéologie du nazisme. On voit déjà aujourd'hui combien la question de performance joue à plein dans nos sociétés, notre focus est toujours posé sur les meilleurs, les plus forts, les plus riches, les plus beaux, les plus compétitifs, les plus rentables, les vainqueurs. Construire des I.A. avec cette « mentalité » peut s'avérer désastreux. La vie s'aime parce qu'elle est la vie, tout simplement, elle a de la valeur parce qu'elle est la vie, c'est tout, sans besoin d'être le meilleur en quoi que ce soit. Sur le modèle social à la chinoise, on peut craindre l'émergence d'une société totalitaire basée sur une sélection des individus = « En quoi avez-vous été utile ou performant dans les vingt dernières années ? ».


Les SCA génèrent beaucoup de fantasmes, chez ceux qui les admirent comme chez ceux qui les craignent. C'est un leurre, une illusion d'intelligence. N'oublions pas que nous baignons dans une société du spectacle dans laquelle, bien souvent, une vidéo sur Youtube peut exagérer la réalité de l'I.A. non pas pour manipuler l'auditoire mais pour l'impressionner, dans un sens comme dans l'autre. De même, des promoteurs de l'I.A. peuvent tourner leurs discours pour influencer les foules, loin de toute honnêteté, à des fins de profits ou d'idéologies. Pour l'instant, les I.A. ne me semble pas très intelligentes, elles me semblent être des outils informatiques développés mais balbutiants et limités. Les I.A. resteront-elles des aides, comme nos ordis et nos voitures nous permettant d'aller un peu plus loin, de développer des domaines plus vites ou deviendront-elles des ogres nous hypnotisant, nous enfermant, nous affaiblissant, nous dissolvant ? Donner des outils de plus en plus perfectionnés à l'Humanité, c'est donner des outils plus puissants aux démocraties (s'il y en a) comme aux tyrannies. Je suis sur que les Hommes lutteront toujours contre toutes les tyrannies que les Hommes aiment à bâtir, parce que les Hommes sont vie et mouvement. La vie traverse, renverse, rien n'arrête définitivement sa croissance et son développement. On sous-estime souvent l'humain. 

lundi 6 février 2023

Sommes-nous en démocratie ?


Pour bien comprendre que nous ne sommes pas en démocratie, que voter pour des dirigeants qui feront ce qu'ils veulent sans que nous n'ayons aucun moyen de contrôle n'est pas de la démocratie, écoutons attentivement Etienne Chouard, toujours pertinent et brillant dans ses démonstrations.

samedi 28 mars 2020

Après 2020

2050.
On se souvient du grand désastre de 2020 et des changements profonds qui en ont résulté. Nos sociétés occidentales en furent bouleversées et transformées, durablement et bénéfiquement.
Toute l'économie s'est effondrée en quelques mois. Pour éviter les conséquences dramatiques de cet effondrement, les politiques n'avaient qu'une solution et bon gré, mal gré, ils la choisir et la votèrent partout. Une épidémie de faillites et de licenciements avait commencé durant l'épidémie du tristement célèbre virus qu'on ne présente plus. Pour stopper ce cataclysme destructeur, les Etats décidèrent de lancer le salaire universel. Ils donnèrent un revenu permanent de 1500 euros par mois à tout citoyen, de la naissance à la mort. Par exemple, les restaurants et les bars, fermés pendant des semaines avaient vu leur chiffre d'affaire disparaître en fumée. Ce salaire permis aux employés de continuer leur travail, stoppant ainsi les licenciements. Les patrons ne payaient plus les salaires puisque ce rôle dépendait dorénavant de l'Etat et donc ne firent pas faillite. Les assurances n'avaient donc pas d'indemnité catastrophe à payer aux entreprises et ne firent donc pas faillite. Ces salaires à vie étant versé par les CAF sur les comptes bancaires, les banques ne firent pas faillite non plus. Chacun gagnant 1500 euros par mois, la consommation reparti très vite, le PIB remonta en flêche ce qui permit de continuer à payer le salaire à vie. Tous les investisseurs eurent une confiance restaurée et purent alors investir sans risques dans tous les domaines de la société. La spéculation boursière fut interdite et on instaura un mois de confinement par an pour faire respirer la nature et faire se souvenir les hommes.

vendredi 27 septembre 2019

Un rêve en forme de cauchemar.


Du haut de mon ignorance et de ma naïveté, j'ai découvert avec stupéfaction et écoeurement le monde merveilleux des mannequins, la mal-traitance abominable de jeunes femmes servant d'objets pour les magazines, la mode, la pub. Des esclaves modernes, manipulées, humiliées maltraitées psychologiquement et physiquement pour remplir de pognon les baignoires de quelques immondes orgueilleux égoïstes. Notre grand ennemi est totalement et définitivement cette faucheuse, "la tête de mort"- celle qu'on voit fleurir sur les tatouages et les tee-shirt : le capitalisme. Mais le capitalisme n'est pas une entité en soi, un être autonome tel un dieu antique malveillant, non, le capitalisme est mû par des hommes et des femmes précises animés de malhonnêteté, de cupidité, d'arrogance, de mensonge. L'amour de l'argent au lieu de l'amour de l'autre, le règne de l'égoïsme, l'absence totale de bonté, de compassion, d'empathie, le monde des tyrans. Alors que ce dont nous avons tous tant besoin c'est de vie et non de mort, de vie, de gentillesse, de respect, de valorisation, de considération, d'affection.

samedi 8 décembre 2018

Une démocratie, rien d'autre.

Décembre 2018, France. Gilets jaunes.

Les revendications des Gilets Jaunes manifestant en ce moment dans toute la France peuvent se résumer à ce seul point : Nous voulons une meilleure démocratie à cause des injustices. En fait, nous voulons une vraie démocratie, un système de fonctionnement de l'Etat qui permette au peuple de connaître la liberté, l'équité, le partage des richesses, qui permette au peuple équilibre et développement. 

La démocratie représentative actuelle (voter pour des représentants) n'est pas réellement une démocratie puisqu'une fois élu les candidats passent les mesures qu'ils veulent, avec peu de force d'opposition d'autres élus et pas d'opposition ni d'écoute du peuple en cas de désaccord de celui-ci avec les décisions du gouvernement. On en voit les dérives aujourd'hui dans ce qu'on peut appeler un véritable "racket fiscal" qui pèse sur les foyers et les entreprises, l'augmentation continuel des taxes en tout genre, dans tout domaine pour récolter de l'argent qui n'est pas complètement utilisé pour le bien commun du pays (payer des infirmières, des hôpitaux, des pompiers, des profs, des services publiques efficaces sur tout le territoire).

Ce seul point - "nous voulons une meilleure démocratie" - impose l'application de plusieurs mesures fondamentales : 

- L'institution du RIC, le Référendum d'initiative Populaire sous plusieurs formes permettrait que le peuple puisse exprimer son désir de voter pour la suppression d'une loi, pour la mise en place d'une loi, pour la modification de la Constitution, pour la destitution d'un élu. Cela permet un changement bénéfique pour les populations, profond et à long terme.

- La suppression de la loi Pompidou-Giscard de 1973 interdisant à l'Etat d'emprunter sans intérêt à la Banque de France, l'obligeant donc à emprunter à des banques privées et ainsi à leur payer des intérêts inutiles pesant gravement sur le budget du pays. Ces millions d'euros d'intérêts versé aux banques privées chaque année  par l'Etat pourront être ainsi supprimé et l'argent économisé pourra permettre de réduire les taxes et d'investir dans les services publiques.

- La sortie de l'Union Européenne qui nous impose des lois qui ne nous permettent pas le développement du pays. Si une décision d'un RIC va à l'encontre d'une loi de l'Union Européenne, que faire ? Si une loi de l'Union Européenne contrecarre d'une manière ou d'une autre les décisions de la population française consultée par un R.I.C., que décider ? Nous ne devons pas confondre l'Europe et l'Union européenne. L'Europe, ce sont des peuples qui prennent leur décisions par eux-mêmes et pour eux-mêmes (comme l'article 3 de la Constitution française nous le rappelle), l'Union Européenne c'est autre chose, c'est une hiérarchie dominante décidant à la place des peuple pour des intérêts qui ne sont pas ceux des peuples. Les élections européennes, comme pour les présidentielles du pays, présentent les mêmes impasses démocratiques, les peuples n'ayant plus les moyens de s'opposer aux décisions prises et imposées. 

- Le changement de la Constitution pour qu'y soit inscrit : le R.I.C., l'obligation du gouvernement d'appliquer les résultat des R.I.C. et l'obligation des élus à appliquer les propositions pour lesquelles ils sont élus (sinon, destitution et interdiction de se représenter à vie à un quelconque mandat).

- La mise en place de mesures sociales à court terme et à moyen terme comme : débloquer des fonds pour les SDF (nous n'avons pas le temps d'organiser des RIC pour cela, il y a urgence pour les plus pauvres d'entre nous), augmenter le montant du RSA, augmenter le montant du SMIC, augmenter les montants des retraites les plus basses, supprimer les taxes sur l'essence, prendre en compte les revendications des agriculteurs, des ambulanciers, des infirmiers, des policiers, des pompiers, des étudiants... 
Ces mesures que réclament la population aujourd'hui ne devrait même pas faire l'objet de référendum futurs mais devrait être prises en compte dès maintenant puisqu'elles sont réclamées à corps et à cris par la population dans les rues de la capitale et dans tout le pays. 
En aucun cas, de telles mesures, si elles étaient prises, et elles doivent l'être, ne peuvent se substituer à l'institution du R.I.C, le Référendum d'Initiative Populaire. Mais il y a des mesures à prendre d'urgence et d'autres à mettre en place plus lentement pour changer profondément notre société et nous permettre d'aboutir à une vraie démocratie. Nous devons réfléchir au court terme et au long terme.

- Le rétablissement de l'ISF, l'impôt sur la fortune. 

- Le retour des autoroutes à l'Etat afin que le paiement des autoroutes ne servent qu'à l'entretien des autoroutes.

- L'établissement d'une commission de lutte contre l'évasion fiscale et la corruption des élus, une commission efficace, honnête, et sans pression extérieure.

Reste à savoir comment faire pour que les volontés de la population, qu'elles soient exprimées par un R.I.C. ou qu'elle le soient comme aujourd'hui exprimées dans les rues soient appliquées.

dimanche 25 novembre 2018

Une démocratie.




Bienvenue en Hippolie


Ce texte est gratuit ci-dessous 
et en vente sous forme d'ebook pour 90 centimes sur Amazon : Bienvenue en hippolie -

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Mesdames, Messieurs, bienvenue en Hippolie,


Nous avons peu de temps, alors je ne pourrai pas tout aborder ni tout expliquer en détail et je m'en excuse. Je vais seulement vous présenter quelques grandes lignes, quelques points fondamentaux, ceux qui me paraissent les plus importants, comme notre système de gouvernance, notre production de monnaie, nos médias, nos entreprises, nos écoles, notre système de santé... Comment tout cela fonctionne dans notre démocratie aujourd'hui. Je vous le répèterai sûrement à plusieurs reprises, notre système n'est pas parfait, notre société n'est pas idéale, il y a surement encore bien des points à améliorer. Nous y réfléchissons, nous y travaillons continuellement.


Comme beaucoup d'autres pays, nous avons connu il y a longtemps la soumission à des empires et à leurs empereurs, puis nous avons connu des Rois, parfois paisibles et intelligents, parfois tyranniques ou mégalomanes, parfois humbles et conscients de leur devoirs, parfois arrogants ou destructeurs. Puis, nous nous sommes émancipés des Rois, des chefs permanents et tout puissants pour entrer dans l'ère des démocraties. Tout d'abord, il y eu des situations mixtes, mêlant un Roi, des ministres et une assemblée nationale puis nous avons fait le choix des démocraties représentatives. Nous pensions que c'était la bonne solution pour plus de justice et d'équité. Le peuple pouvait choisir des personnes fiables, compétentes, honnêtes, pour les représenter, défendre leurs droits et répondre à leurs besoins. On cherchait les meilleurs pour servir le bien commun. Mais avec le temps, nous avons vu se mettre en place une nouvelle sorte d'aristocratie, nous votions pour des représentants qui ne représentaient plus qu'eux-mêmes. Nous avons souffert des problèmes qui se sont accumulés dans beaucoup de démocraties représentatives. Ce système qui avait peut-être été le meilleur à une époque, dans certains contextes, s'avérait être de moins en moins efficace pour la gestion et le développement du pays, générant ses propres dérives, ses propres impasses, ses propres contrôles cadenassés. Nous avons traversé des crises fortes, des crises économiques, des crises sociales qui furent parfois violentes. Nous avons constaté l'accroissement de la pauvreté dans le pays. Nous avons vu se creuser les inégalités jusqu'à ce que cela devienne invivable pour la majorité de nos concitoyens. La richesse de notre pays s'évaporait, les rouages de la gouvernance étaient bloqués, tenu par une sorte de caste d'élus. 


L'un des principes premiers dont nous avons pris fortement conscience est que la société humaine évoluant depuis la nuit des temps, par conséquent notre système démocratique pouvait lui aussi évoluer. Il pouvait être modifié, il pouvait déboucher sur une autre forme de démocratie. Une autre organisation de la société pouvait voir le jour si on en avait la volonté, donnant ainsi naissance à une étape nouvelle de l'histoire des sociétés. Notre système démocratique représentatif s'était corrompu, il n'était plus un système efficace pour le bien-être de la population et le développement du pays. Nous pouvions faire mieux, nous devions absolument faire mieux. Si une démocratie représentative conduit inlassablement les populations dans la pauvreté et dérive vers un contrôle de plus en plus autoritaire, alors ce n'est plus une démocratie. L'emploi des mots a été d'une grande importance, d'un côté pour manipuler, d'un autre pour prendre conscience des réalités et s'émanciper de systèmes nocifs, bloqués ou corrompus. Appeler un système de fonctionnement « démocratie » ne suffit pas pour qu'il en soit un.


Nous avons alors cherché à mettre en place un nouveau type de gouvernance, différent de ce que l'on avait connu jusque là, pour résoudre un certain nombre de problèmes qui, non seulement duraient mais ne faisaient qu'empirer, menaçant tout le monde d'effondrement et de ruine. Il nous fallait absolument trouver des solutions. L'augmentation du chômage, de la pauvreté, des inégalités, l'accélération des souffrances et des violences nous obligeaient à un changement profond, radical. Nous avons d'abord écouté ceux qui proposaient des solutions dans le fonctionnement même de notre démocratie, puis, comme aucune ne semblait pouvoir résoudre nos problèmes toujours plus nombreux, toujours plus graves, nous avons cherché autre chose. Aucune présidence, aucun gouvernement, aucun parti politique n'arrivait à résoudre nos difficultés, nous avons donc pris la décision de changer entièrement le système lui-même, de partir sur de nouvelles bases, de changer radicalement nos perspectives, de réajuster nos valeurs et de tout restructurer en fonction d'elles. Certains ont cru que cela allait être encore pire, certains ont cru voir venir le chaos... Mais heureusement, ce n'est pas ce qui est arrivé. Je ne dis pas pour autant que le grand changement s'est fait sans difficultés, sans conflits ni frustrations, sans inquiétudes ni tension... Mais notre vision était claire et notre but précis. Nous avons simplement cherché plus de démocratie, plus de justice, plus d'égalité, cela s'est parfois fait au détriment de profits personnels exagérés. Un profit collectif était notre objectif. Nous désirions une croissance saine, pas forcément fulgurante, et cela pour l'ensemble de notre population, pas pour une minorité d'investisseurs ou de dominants. Le plus dur a été de commencer. Par quoi fallait-il commencer ? Et comment ? Ce fut compliqué à discerner, difficile à définir. Notre ancienne démocratie, qui n'en était plus une depuis longtemps était au bord du chaos, proche de nouveaux conflits violents que nous devions absolument éviter. Mais il y avait tant de choses à revoir, à refondre, à remettre en ordre, tant de déséquilibres dans tous les domaines, tant d'éléments à repenser. Dans une démocratie représentative, les élus doivent représenter et défendre les intérêts des électeurs, hélas, avec le temps, le principe avait été détourné de son but. Les élus ne défendaient guère leurs électeurs mais plutôt leur parti politique, leur programme, leur conviction personnelles, leur carrière ou des intérêts financiers privés. Ils ne servaient plus ni les populations ni le pays. 


Un des problèmes majeurs a été de trouver un juste milieu entre l'individu et la communauté. Nous avons cherché le développement de l'individu comme de l'ensemble de la communauté. Equilibre difficile, voire fragile. Il nous fallait tout refondre mais éviter absolument de basculer dans une dictature, de tout dicter d'en-haut. Nous ne voulions pas laisser les individus libres d'exploiter les autres mais nous voulions les individus libres tout de même. Trouver l'équilibre, le juste milieu entre le développement personnel et le développement collectif a été un défi. Le collectif ne devait pas broyer l'individu et l'individu ne devait pas appauvrir le collectif. Nous voulions éviter de favoriser l'individu au détriment de la communauté et nous voulions éviter de favoriser la communauté au détriment de l'individu. Nous ne voulions pas que la communauté écrase l'individu ni que l'individu puisse exploiter la communauté pour un profit personnel exagéré ou injuste. Il fallait que de nouvelles structures et de nouvelles lois permettent un équilibre, un développement de tous, et non pas de quelques uns seulement au détriment des autres. L'Etat non plus ne devait pas devenir écrasant. Pour cela, il nous a fallu définir de nouvelles règles, formuler de nouvelles lois, poser un nouveau cadre. 


Les résistances furent nombreuses et parfois virulentes. Ceux qui convoitaient le pouvoir ne voulaient pas d'un changement qui ne leur permettrait plus de dominer. Ceux qui avaient des profits personnels à la situation en place ne voulaient surtout pas que cela change. Ils se sont battus bec et ongles, toutes dents sorties et bien aiguisées, accusant les réformateurs de tous les crimes, ignorant tout principe d'honnêteté. Ce fut long, très long, mais ils ont échoués. 




Le gouvernement


La première chose, la plus difficile... et je me demande encore aujourd'hui comment nous y sommes parvenus tant les oppositions étaient fortes et les calomnies violentes... certains ne s'en sont pas remis. Les privilégiés les plus haut placés ont résisté de toutes leurs forces et par tous les moyens, jusqu'aux intimidations, aux menaces et mêmes parfois à des violences physiques. Nous ne voulions ni haïr les riches, ni mépriser les pauvres, nous ne voulions pas fustiger une partie de la population, nous ne voulions pas choisir un camp ni être contre qui que ce soit mais chercher ce qui est juste pour un pays qui se réclame de la liberté et de l'égalité. Ce fut un vrai casse-tête. Nous voulions créer un cadre qui permette simplement plus de croissance pour tous. Il nous fallait plus d'équité et des lois qui permettent de lutter contre la corruption. Il nous fallait tout reprendre à la base. Il nous fallait mettre en place de nouvelles structures qui ne permettent plus à une classe sociale en particulier de tout contrôler, de tout diriger, des structures qui puissent court-circuiter tous les abus et les conflits d'intérêts, qui puissent veiller à une meilleure répartition des richesses et empêcher tout basculement dans un système autoritaire. Nous avons lancé un grand chantier national de ré-écriture de la Constitution du pays. Il ne fallait pas toutefois que des professionnels de la politique l'écrivent afin qu'ils n'influencent pas sa rédaction en fonction de leurs propres intérêts. Ce chantier dura deux ans et demi, chaque ville, chaque village devait avoir son bureau d'écriture libre. Tous les citoyens étaient encouragés à y participer activement par une campagne de communication continue. Les écoles primaires, les collèges, les lycées et les Universités avaient développé leurs ateliers constituants. Chacun pouvait y apporter ses idées, ses propositions. Faire le tri de tout cela fut long et complexe mais petit à petit une constitution validée par la majorité des citoyens prit forme. Elle favorisait le bien commun, protégeait les plus faibles et empêchait les abus de pouvoir que nous avions connu.


Nous avons ensuite créé une Assemblée qu'on a nommé Le Regard Constitutionnel, assemblée de citoyens tirés au sort parmi les volontaires de la population, majeurs, hormis ceux qui avaient un casier judiciaire, y compris les anciens hommes et femmes politiques qui avaient été reconnus coupables de malhonnêteté par un tribunal. Cette assemblée avait pour seule fonction de vérifier toutes les lois, passées ou futures, afin de voir si elle étaient en adéquation avec la nouvelle Constitution. Dans le cas contraire, elles étaient immédiatement annulées sans débat. Les membres de cette Assemblée recevaient un salaire qui ne devait pas être trop bas pour ne pas démotiver, ni trop élevé pour ne pas susciter trop de convoitise, il fut fixé à 3 000 Polies. Les membres de l'Assemblée étaient tirés au sort pour un mandat de trois ans à l'issue duquel ils ne pouvaient plus se présenter. 


Parallèlement à cela, nous avons mis en place une Assemblée Nationale Citoyenne, composée de membres tirés au sort parmi les citoyens volontaires, selon les mêmes règles que Le Regard Constitutionnel. Bien sûr, cette notion nouvelle de tirage au sort a été très mal comprise au début, beaucoup de monde l'associaient avec des concepts de chance, de hasard, d'amateurisme et de manque de sérieux. Ce fut un travail très long pour faire comprendre qu'en réalité c'était bien plus sérieux que de voter pour des professionnels de la politique qui cherchaient avant tout leurs intérêts. Le tirage au sort nous a semblé plus sérieux et plus efficace quand on cherche vraiment la démocratie et l'égalité. Cette Assemblée Nationale Citoyenne remplaça l'Assemblée Nationale d'élus que nous avions depuis des siècles. Elle avait pour but de discuter et de voter les lois. Si besoin, elle faisait appel à des avocats, des juges, des scientifiques, des spécialistes de tous bords pour en recevoir conseils et éclaircissements, mais l'Assemblée devait toujours être constituée de représentants des différents métiers qui constituent notre tissu social, hommes et femmes, des agriculteurs, des ouvriers, des médecins, des infirmiers, des pompiers, des instituteurs, des employés, des cadres, des balayeurs, des commerçants, des artistes, des artisans, des journalistes, des retraités, des chômeurs, etc. 


Les partis politiques furent interdits. Les partis politiques, je dis bien, pas les idées, pas les volontés, pas les réflexions, pas les débats, pas les propositions, pas les contradictions... Nous nous étions tellement enfermés dans le règne des partis et de leurs dirigeants vedettes, qui se battaient pour obtenir le pouvoir et nous tiraient presque tous vers le bas. Quand on pense aujourd'hui qu'un professionnel de la politique pouvait présenter un élément de programme pour être élu et ne pas être sanctionné s'il ne l'appliquait pas une fois au pouvoir, on se demande comment on a pu accepter cela. Nous voulions trouver autre chose, quelque chose de neuf. Voter pour le chef d'un parti ne rimait plus avec démocratie puisqu'il faisait ce qu'il voulait une fois élu, sans rendre de compte à personne et sans écouter la population. Nous voulions mettre fin aux carrières politiques personnelles et à la domination néfaste des partis. 


Nous avons donc changé notre système de gouvernement pour qu'il soit bien plus démocratique. Nous avons mis un terme à la fonction de Président de notre République. Nous ne voulions plus de chef, quel qu'il soit. Je reviendrai peut-être sur cette notion de chef qui est la cause de bien des égarements et des abus dans l'Histoire. Nous avons instauré des Commissions d'Etat qui remplaçaient les anciens ministres, sur les sujets les plus importants de la société. Chaque Commission, composée de onze personnes, était l'objet d'élections nationales tous les 5 ans. Elle devait obligatoirement se soumettre à une Charte dont elle ne devait jamais s'éloigner. « Chercher le bien commun à court, moyen et long terme » la résumait. Chaque étude, chaque réflexion, chaque proposition, chaque décision, chaque action mise en oeuvre devait être soumise à la question. Pour chaque aspect de son travail, elle devait se demander  : « En quoi cela sert-il le bien commun, pour aujourd'hui et pour demain ? ». Une Commission d'Ethique de Gestion fut constituée pour surveiller les Commissions d'Etat afin d'éviter toute corruption, tout détournement d'argent, tout abus et toute influence extérieure qui était en contradiction avec la Charte, une sorte de police qui ne surveillait que le gouvernement. Chaque Commission devait travailler à l'écoute des branches dont elle s'occupait... Les agriculteurs et leurs filières de production, de distributions, de commerces pour la Commission de l'agriculture, Les artistes et leurs filières pour la Commission de la culture, etc. Les différents acteurs d'une branche devaient tous être reçus et écoutés régulièrement, c'était une obligation de la Charte des Commissions. Au début, nous avons eu le cas d'un Commissionnaire qui détourna 60 000 Polies dans un compte en banque Suisse. Dès que cela fut découvert, il fut arrêté, jugé rapidement, condamné à 5 ans de prison ferme et ne plus jamais pouvoir travailler dans un organisme qui gère de l'argent public. L'argent a été récupéré et le Commissionnaire a du payer une forte amende. 

Les Commissionnaires sont élus par les citoyens inscrits sur les listes électorales sur des critères de compétences et d'honnêteté et non pas sur des discours, des idéologies ou des programmes. Les Commissionnaires sont élus pour cinq ans, avec un salaire ne pouvant dépasser 3 000 Polies et ne pouvant pas être élu deux fois de suite. Un élu qui a commis la moindre des fautes d'éthique est immédiatement démis de ses fonctions et ne peut plus jamais occuper aucun poste de gouvernance publique. Les Commissions ne sont pas dirigées par un chef mais sont collégiales. 


Les points les plus délicats, les lois les plus controversées, sont soumis au vote de la population par référendum, ce qui est tout de même la moindre des choses dans une démocratie. Un pays qui n'organise jamais de référendum, qui ne demande jamais son avis directement à la population et qui ne reçoit jamais les représentants de manifestations public prend une bien mauvaise direction. Nous avons également institué le Référendum d'Initiative Citoyenne en toute matière qui permet au peuple, à partir d'un certain nombre de signatures, de saisir les Commissions d'Etat qui doivent alors considérer la demande, revoir une décision du gouvernement ou organiser un référendum national sur le point soulevé. Nous sommes sortis du culte du chef, du président sauveur, du Roi tout puissant, du meneur charismatique pour passer à plus de maturité. Cela a nécessité un effort considérable d'éducation populaire et un accroissement de la conscience politique.


Toutes les infrastructures du territoire furent réattribuées au pays. Nous avons bien compris que notre pays appartient à ses habitants et pas à son gouvernement et encore moins à des entreprises privées. L'Administration ne fait que gérer le pays mais le pays n'appartient pas aux gérants, les gérants sont aussi des citoyens, ils ont une fonction dans la société, comme les autres mais le pays ne leur appartient pas. Ils ont également des comptes à rendre à la population. Les « Services publiques » s'appellent désormais « Les biens communs ». Nous avons récupéré nos autoroutes des mains du privé ainsi que nos aéroports, nos ports, quelques usines et même des clubs de foot. Le club de foot de notre capitale appartient désormais à sa Mairie. Les salaires des joueurs sont redevenus raisonnables et tant pis s'ils ne gagnent pas de compétition, nous les soutenons quand même. 


La gestion de l'eau, de l'électricité, du gaz, des hôpitaux, des écoles, etc. devaient aussi revenir à l'Administration du Pays afin d'éviter que ces domaines vitaux ne servent à l'enrichissement de quelques mains privés et sans scrupules. Pour que ces services coûtent moins cher aux populations il fallait qu'ils sortent des mains du marché lucratif. Mais il fallait aussi que l'Administration s'en occupe convenablement et ne laisse pas à la dérive l'un ou l'autre de ces domaines. Nous y avons donc investi beaucoup d'argent, favorisant ainsi l'égalité et la fraternité sur le territoire. Nous avons embauché beaucoup d'infirmières, d'instituteurs, de professeurs, de policiers, j'aurai peut-être l'occasion d'en reparler. Notre but était que toutes ces institutions soient les plus saines possibles. Nous avons également créé une télévision d'état, sans publicité, ayant pour but de distraire et d'instruire sainement et intelligemment. Bien sûr, aucun des animateurs ou journalistes de cette chaîne ne peut gagner des salaires mirobolants dans ce média. Je parlerai plus loin des salaires qui ont été plafonnés. Nous cherchons autant que possible de sortir des travers du chef-dominant et du vedettariat. 




La monnaie


Notre système bancaire aussi a du être revu et corrigé. Depuis des décennies, notre Etat ne pouvait plus créer sa propre monnaie, il devait emprunter l'argent dont il avait besoin pour fonctionner sur les marchés financiers, à des banques privées et les rembourser avec des intérêts. Nous avons mis du temps à réaliser combien c'était absurde, combien il s'agissait là d'une folie qui nous conduisait à nous appauvrir continuellement. Imaginez, chaque année l'Etat et les collectivités devaient rembourser des sommes colossales d'intérêts aux banques privées, des millions, autant d'argent qui était produit par le pays mais qui ne l'enrichissait pas, qui n'y était pas investi. Ces dettes permanentes, consciemment entretenues, finirent par devenir astronomiques et donc insupportables. Elles nous empêchaient d'avancer, pire, elles conduisaient les politiciens à vendre le pays par morceaux - des aéroports, des ports, des routes, etc. - pour pouvoir rembourser les dettes tout en continuant de la faire grossir en empruntant avec intérêts encore encore, toujours et toujours. Cette folie enrichissait les banques, enrichissaient les investisseurs, c'était une cette aberration. Il fallait absolument stopper cette hémorragie. Nous avons mis un terme à ce système démentiel en créant une Banque Citoyenne dont le rôle n'était pas de faire du profit mais de permettre le développement du pays, des entreprises, des foyers, la spéculation lui est totalement interdite. Cette banque produit notre monnaie, nous ne devons donc plus en emprunter sur les marchés privés et nous ne remboursons donc plus d'intérêts. Des millions ont été économisés chaque année. Les entreprises et les ménages peuvent maintenant emprunter à taux zéro, ce qui est une aide considérable pour le développement. Cette banque gère simplement les dépôts d'argent des populations, et cela, sans aucun frais pour les clients puisqu'elle fonctionne sur l'impôt. La population n'a pas obligation d'y avoir son compte mais la loi oblige toutes les autres banques à informer leurs clients de ce qu'elles font de l'argent qui leur est confié.

Durant les années noires, vers 2035-2050, bien des banques ont fait faillite, nous ne les avons pas aidées à survivre mais nous avons secouru leurs clients en leur ouvrant un compte dans la Banque Citoyenne et crédité du montant qu'ils avaient sur leur compte précédent au moment de la faillite. Les banquiers dont la gestion fut malhonnête furent interdits d'exercer sur le territoire de manière définitive. On a essayé de mettre un peu d'éthique dans la finance. La finance n'était pas notre ennemi, notre ennemi était la malhonnêteté, la dissimulation, le mensonge et la cupidité. Une finance saine dans un pays équilibré est tout à fait possible. Une bonne finance n'est pas un ennemi mais un allié, un support, une aide. La Banque Citoyenne fait des prêts sans intérêts pour les ménages et les entreprises et ça dynamise l'économie. A la suite du grand crash des années noires, de nouvelles banques privées se sont créées avec une volonté d'utilité plus que de profit. La cupidité des ogres rongeait la société de tout côtés, tout en détruisant la planète à toute vitesse. Nous voulions redresser la barre, changer de trajectoire, faire le mieux que nous pouvions. 








L'entreprise


Dans les domaines de l'entreprise et de l'industrie il y a eu, comme en politique et en finance, exploitation et cupidité avec pour conséquences tant d'inégalités et de pauvreté, de désespoirs et de violences qu'il nous fallait poser de nouvelles règles pour améliorer la vie du plus grand nombre. Nous avons décidé que les outils de production ne soient plus un moyen d'enrichissement pour des personnes qui n'y travaillaient pas mais pour tous ceux qui y travaillaient. Le fruit de la vente des produits d'une entreprise devait être réparti entre toutes les personnes travaillant dans l'entreprise. Certains postes sont payés davantage que d'autres en fonction de leur difficulté physique ou de leur complexité intellectuelle, mais « directeur » est un poste, « ouvrier qualifié » est un poste, « agent de ménage » est un poste, et tous participent à la production de l'entreprise, donc tous méritent d'avoir part à ses bénéfices. Une fois les frais, les investissements et les salaires payés, l'entreprise a l'obligation de répartir le bénéfice restant entre tous les employés, à part égale. Par ailleurs, les grandes décisions de l'entreprise ne peuvent plus être prises sans un vote d'accord de tous les salariés. Cela a mis un terme à l'hémorragie des délocalisations.

Dans tout le pays, les salaires maximum ont été limités à 20 000 Polies. C'est une somme déjà bien importante pour rémunérer le travail d'un individu. Nous avons ré-injecté du bon sens dans l'industrie. Inutile de gagner des sommes folles pour vivre décemment, par contre, partager les richesses permet qu'un plus grand nombre puisse vivre décemment. Un directeur d'une grande entreprise ou un footballeur du plus haut niveau ne peut plus être payé davantage. Certaines commissions débattent encore aujourd'hui de baisser ce montant maximum à 10 000 Polies. Quelques fortunés avides ont quitté le pays, ce qui a assaini le paysage industriel et aidé au redémarrage de l'économie. Quand je parle de ne pas amasser des fortunes, comprenez-moi bien, je parle des salaires, c'est autre chose pour les travailleurs indépendants qui proposent un service ou un produit sans être salarié. Un artiste qui vend beaucoup peut gagner plus de 20 000 Polies par mois. Le plafonnement concerne les salaires, pas l'ensemble des revenus. Et au salaire s'ajoute le bénéfice que génère l'entreprise qui est réparti entre les employés comme je viens de le dire. Un directeur de grande entreprise qui gagne 20 000 Polies reçoit en plus de son salaire son pourcentage de bénéfice, tout comme l'ouvrier, la secrétaire et le technicien de ménage. 

Quand les cupides partent, on ne se porte que mieux parce qu'un pays ne se développe que sur le travail effectif de sa population. Les cupides ne font que détourner les richesses produites par d'autres à leur propre compte. Quand les cupides sont parti, ils n'ont pas pu emporter leur usine avec eux, parce que ce n'était plus leur usine. Une usine appartient désormais à ceux qui y travaillent, y compris le directeur général, mais pas à lui seulement. Il ne s'agit pas de combattre le patronat mais de lui donner un cadre équilibré qui ne lui permette plus de s'enrichir au détriment d'autrui. Tout ceux qui travaillent doivent faire du bénéfice ou aucun d'entre eux. Et ceux qui qui ne travaillent pas dans l'entreprise n'ont aucun droit légal de toucher un bénéfice. Tous ne sont pas partis, loin de là. Un bon nombre de personnes très riches ont bien compris le gain général de notre système et l'avancée historique qu'il représentait. Ils ont été ravis d'y participer.

Dans l'entreprise, comme dans la politique et l'école, nous avons voulu mettre fin à cette idée folle de la compétition. Le travail n'est pas un esclavage, le travail n'est pas le but de la vie, le travail n'est pas un marché, le travail n'est pas une compétition. L'être humain est fait pour se développer, comme toute vie, mais dans l'entraide. On ne doit pas être en compétition, ni à l'école, ni au travail, ni dans la gestion d'un pays. Si il y a compétition alors il y a forcément des perdants. Il ne nous fallait pas seulement résoudre des problèmes de société comme le chômage ou les inégalités mais refondre notre conception même de la société et de notre rapport à l'autre. Le « tous gagnants » a paru une utopie idiote à beaucoup lorsque nous avons commencé notre oeuvre de refonte, mais petit à petit, elle a gagné du terrain et a finalement convaincu le plus grand nombre. Ce dont on doutait est devenu une évidence.


Quant aux salaires, ils ne sont plus payés par les entreprises à leurs employés mais par des caisses auxquelles cotisent les entreprises. Partant du fait que nous avions un PIB qui nous le permettait, nous avons défini un revenu de compétence à vie, attribué de l'âge de la majorité jusqu'au décès pour chaque personne ayant la nationalité Hippolienne. Pour l'instant, ce revenu est de 1500 Polies à la majorité. Il rémunère la capacité de travail de la personne. Tout au long de la vie ce revenu peut augmenter en fonction de l'accroissement des compétences, soit par l'expérience, soit par la formation. Des Commissions évaluent régulièrement les compétences de chacun, les revenus sont alors revalorisés. Nous avons de ce fait supprimé toutes les aides sociales. Oh, comme nous avons eu des oppositions sur ce point en particulier. « Fantasme délirant » pour les uns, « danger de chaos » pour les autres, « fin de notre société »... Mais la fin d'une société inégale et injuste, c'était bien là ce que nous voulions. Ce revenu de vie a dynamisé notre économie, chacun pouvant enfin s'acheter ce qu'il désirait, ayant les moyens de vivre bien, le commerce a repris comme jamais. Cela mit aussi fin au chômage et à son cortège d'angoisses et de désespoirs. Les initiatives et les projets se sont multipliés, chacun ayant le temps et la possibilité d'investir dans son avenir, son avenir nourrissant l'avenir du pays comme un terreau fertile. Les bénéfices furent incalculable. 

La grande peur a été de croire un temps qu'un revenu de vie aurait pour conséquence la paresse et l'inactivité du plus grand nombre, ruinant ainsi toute l'économie, effondrant toute la société. Mais il n'en fut pas ainsi. Libéré de la recherche d'un revenu, chacun pouvait se consacrer à un travail avec une autre vision, avec un autre but. « Idéalisme naïf » nous a-t-on crié longtemps et avec mépris. Jusqu'à ce que les faits viennent confirmer qu'on avait fait le bon choix. D'une part, cela a relancé le commerce, d'autre part, cela a décuplé les initiatives et les créations diverses, notamment les petites entreprises, les associations, les artisans et les artistes. Mais surtout, cela donna au travail un tout autre sens, remettant les valeurs d'utilité au premier plan. On a vu fleurir les crèches et les services aux personnes âgées par exemple, tout s'est restructuré dans une nouvelle perspective. 

On craignait de perdre la main d'oeuvre des emplois les plus ingrats ou les plus difficiles mais ce ne fut pas le cas. D'une part, tout travail permettait d'acquérir une expérience et donc une augmentation progressive du revenu - et tout travail dans une entreprise faisant du bénéfice l'augmentait aussi, ce qui était une motivation au travail - et d'autre part les revenus des emplois les plus ingrats et les plus difficiles physiquement furent immédiatement augmentés. Enfin, nous avons bien vu que l'oisiveté n'est pas le propre de l'Homme, quand on travaille dans un autre but que de gagner de l'argent, on a rarement envie de ne rien faire. L'ennui est le pire ennemi de l'Homme. Il y a bien sûr des personnes qui ont choisi de ne faire que lire ou de se promener en bénéficiant de leur revenu de vie, mais très vite, elles ont voulu partager leurs connaissances, faire découvrir ce qu'elles découvraient ou développer des actions pour protéger l'environnement. Tout cela tira l'ensemble de la société vers le haut. Il reste toutefois des citoyens qui finalement ne se lancent dans aucun activité spécifique mais ils sont si peu nombreux que la richesse du pays n'en est pas affectée. Une autre conséquence bénéfique fut que cela mit fin à toutes sortes de tyrannies dans les entreprises, les dirigeants ne pouvaient plus mépriser ou harceler des employés puisque ceux-ci ne craignaient plus de démissionner et de se retrouver sans revenus si leur place ne leur convenait plus. Cela fit naître un cercle vertueux et favorisa le respect.


Etant donné que les besoins de chacun étaient comblé, il fallait veiller à ce que les prix des denrées alimentaires, de l'essence, des logements, ne soient pas multipliés par deux, pas trois, pas quatre... Pour les denrées alimentaires et les biens de première nécessité, comme pour les logements, nous veillions à ce que les agriculteurs et les entreprises soient payés correctement pour leur productions et que les vendeurs ne pratiquent pas des marges démesurées. Toute la population doit avoir accès à ces produits qui doivent toujours être maintenu à des prix abordables.




L'agriculture


Nous avons également restructuré l'agriculture. Nous avons réduit progressivement tous les pesticides et autres produits dangereux pour la santé tout en développant massivement l'agriculture biologique, la permaculture et toute autre démarche saine. Nous sommes arrivés dans notre histoire à des seuils tellement graves que nous avons été obligés de réagir... Lorsqu'une tarte aux pommes était composée d'autant de pesticides que de pommes, nous avons obligé les industriels à les appeler « Tarte aux pesticides » et non plus « Tarte aux pommes. ». Leurs ventes se sont vite effondrées. Je prends l'exemple des tartes aux pommes mais cela concernait une multitude de produits. La Commission de la Santé vérifie de manière draconienne la production alimentaire afin d'être certaine qu'elle soit sans danger pour la population. Une population en bonne santé est une population plus active, et active plus longtemps, donc plus productive. Nous veillons à ce que les citoyens soient informés le plus possible et le plus clairement possible sur le contenu et la qualité des produits commercialisés. Pour exemple, il y a quelques décennies, nous avions des boites de céréales sur le paquet desquels étaient inscrits « 50% de céréales » mais on ne disait pas que les autres 50% étaient du sucre et que c'était catastrophique pour notre santé. Nous avons voulu mettre fin à ces pratiques de manipulations publicitaires qui trompaient les populations pour faire du profit. Nous avons d'ailleurs fini par supprimer les affichages publicitaires de marques ou de produits dans la rue comme les spots publicitaires au milieu des films. Nous avons procédé à un investissement immense dans l'agriculture afin de multiplier les structures agricoles saines, productives et pérennes. Nous avons fait les choses progressivement, une partie de la population n'était pas contente, cela bouleversait leurs habitudes de consommation, ils ont cru à la montée d'une nouvelle dictature, mais nous avons tenu bon. Nous sommes partis du principe que tout d'abord la population devait savoir et bien comprendre les conséquences de tel ou tel produit et les raisons de telles ou telles lois. L'information et l'instruction furent primordiales. Certains disaient « Et si je veux, moi, manger de l'huile de palme, j'en ai le droit ! » Nous répondions « Oui, tout à fait. Vous avez le droit d'aller récolter vous même votre huile de palme et de la manger, ce n'est pas interdit. Mais, nous, nous avons aussi le droit de ne pas vouloir la diffusion massive de produits nocifs pour la santé, surtout pour les enfants. »


Nous avons financé le développement d'alternatives aux grandes surfaces en ce qui concernait les produits alimentaires de base. Nous avons travaillé directement avec les petits producteurs pour leur permettre de pouvoir vendre leurs produits de manière plus rentable pour eux. Nous avons aidé à la multiplication de petites coopératives agricoles, nous avons aidé au développement de la diffusion des produits locaux dans chaque région. Nous avons cherché à distinguer ceux qui voulaient simplement travailler de ceux qui voulaient s'enrichir. Nous avons grandement développé le local. Il nous est apparu aberrant qu'on importe des pommes de terre ou du blé dans des régions où on pouvait en cultiver. Il nous est aussi paru injuste que des entreprises ou des investisseurs étrangers puissent acheter des terres, comme des vignobles par exemple... Et quand je dis "étranger", ça signifie que même une entreprise d'une ville du Nord ne peut plus posséder des vignobles situés dans le sud du pays. C'est aux gens de chaque région d'exploiter le potentiel de leur région. C'est à ceux qui y travaillent d'en récolter les fruits. L'Administration les aidant, faisant tout pour qu'ils puissent s'organiser, se développer et que personne ne leur mette des bâtons dans les roues.




La santé


Dans les domaines de la santé, nous avons aussi voulu avancer. Depuis des années, nous avions déjà adopté le système français de Sécurité Sociale inventé après la seconde guerre mondiale par le conseil National de la Résistance. Nous avons essayé d'aller un peu plus loin. La santé est l'un des moteurs d'un pays, comme l'éducation, c'est d'une importance fondamentale. Les médecins ne sont plus payés par les patients. Ils sont payés, comme les Hôpitaux, par la communauté, via l'impôt. Des barèmes de salaires ont été défini en fonction des compétences de chaque médecin, comme pour l'industrie. Nous veillons à ce que la santé, comme l'école et la politique, ne soit pas un moyen d'enrichissement. Nous avons multiplié les postes d'infirmières, d'aides soignants, les médecins dans les Hôpitaux, les maisons de retraite, les centres de soins divers afin d'obtenir un meilleur service partout. Concernant les vaccins, le minimum est requis, sans manque ni exagération, la priorité est donnée au soin. Un Etat ne doit pas être au service des industries pharmacologiques, ni d'aucune industrie. Une surveillance particulière a été mise sur les conflits d'intérêts, les décideurs et les conseillers doivent être neutre, ils ne doivent avoir aucun intérêt personnel vis à vis d'un laboratoire ou d'une entreprise, dans le domaines de la santé comme dans tout autre domaine.




L'éducation


Nous avons vu, au cours du chaos des années noires que nous avions un grand problème d'immaturité et de malhonnêteté dans la politique, dans les médias et dans les grandes entreprises. On cultivait des égos plutôt que l'intelligence et la sagesse. Il nous fallait absolument former de jeunes générations plus intelligemment. Il nous fallait les conduire à devenir plus mûres, plus responsables, développer une conscience citoyenne, une conscience collective plus grandes, plus fortes, apprenant aux enfants que le pays appartient à la communauté toute entière, qu'il se partage, que le citoyen n'est pas au service du gouvernement, que l'aide vaut mieux que la compétition, que l'écoute vaut mieux que le mépris, que la conciliation vaut mieux que le conflit, qu'il fallait aussi chercher une réussite collective plutôt qu'une seule réussite personnelle. Il fallait absolument ré-introduire de la morale dans la société. Nous avons repensé tout notre système d'éducation, un immense chantier qui fut très long à porter ses fruits, mais cela en valait la peine. 

Nous voulions d'abord combattre l'esprit de compétition. Les écoles devaient devenir des systèmes d'instructions, de développement et d'encouragement et ne plus être une longue épreuve de sélection ni de compétition entre tous pour être le meilleur, pour réussir une carrière sans se soucier de l'autre. C'est une vie qu'il faut réussir et pas seulement une carrière professionnelle. Et cette vie se situe dans un cadre, une collectivité, une réussite individuelle ne suffit donc pas. La compétition, tant à l'école que dans l'entreprise, devait être comprise comme destructrice d'une société, comme un frein au développement et remplacée par le partage et l'entraide. Nous avons compris que tout vient de l'instruction. Avant, on disait aux meilleurs qu'ils étaient "l'élite de la nation", aujourd'hui on leur fait comprendre qu'ils sont compétents pour aider les autres, pas pour faire du profit personnel. C'était plus gratifiant pour tous. Ça peut paraître naïf, mais cela ne l'est pas si le cadre est approprié.

Nous avons réduit le nombre d'élèves dans toutes les classes, durant toute la scolarité, à un maximum de 15 élèves. On ne peut pas faire un travail efficace avec des classes surchargées, c'est simplement impossible. On a embauché les institutrices, les instituteurs, les professeurs nécessaires. Les devoirs à la maison ont été supprimés. L'Etat ne fait plus de programme scolaire de manière hiérarchique et autoritaire mais ce sont les directeurs d'écoles, les professeurs, les institutrices et les instituteurs de chaque établissement qui fondent collectivement leur propre programme d'instruction pour les élèves qu'ils connaissent dans leur milieu, basé sur une charte commune distribuée par la Commission d'Etat à l'Instruction qui donne les grandes lignes et une vision générale concernant l'entraide, le partage, le respect en plus des matières classiques. Nous cherchons à aider le développement de citoyens conscients et responsables sans leur remplir la tête de données inutiles, nous ne sommes pas des ordinateurs.

Quand des enfants apprennent plus vite ou qu'ils ont déjà des connaissances acquises, on ne les bride pas pour faire avancer les autres mais on leur donne la possibilité d'aller de l'avant tout en leur apprenant à aider les autres. Quand au contraire des élèves ont de grandes difficultés, une aide scolaire et psychologique est mise en place automatiquement. Tous les diplômes ont été supprimé, du coup les épreuves et le stress qui allaient avec également. Chaque étape de la scolarité est validée par une attestation de scolarité présentant le parcours suivi et mettant en avant les points forts de chaque élève. On essai de discerner les domaines de compétence des élèves et de les encourager dans leur voie de prédilection. Nous avons mis un accent fort de valorisation quelle que soit les champs développés, qu'ils soient manuels, sportifs, artistiques ou intellectuels en soutenant des filières spécifiques à chaque domaine. Le but est de permettre à tous élèves de trouver une voie, qu'elle soit manuelle ou intellectuelle. Un pays a besoin de tout le monde, des compétences de chacun, nous avons autant besoin d'agriculteurs, de boulangers, de mécaniciens, d'éboueurs que d'écrivains ou de scientifiques. Aucune branche ne doit être méprisée.

Que dire d'autre ?... Dans les domaines de l'écologie, nous ne cherchons pas la décroissance mais l'équilibre. Nous voulons une croissance intelligente, saine, sans destruction de l'environnement, ou le moins possible, nous encourageons la croissance d'une autre mentalité plutôt que la croissance du profit. Nous encourageons et soutenons la multiplication d'initiatives constructives. On peut faire progressivement décroître ce qui pollue et faire croître ce qui ne pollue pas ou ce qui pollue moins. On a encore beaucoup de progrès à faire, bien sûr, freiner la folle machine industrielle prend du temps, beaucoup de temps. Nous avons d'ores et déjà choisi un meilleur cap. Les entreprises exagérément polluantes ont été contraintes soit de se transformer soit de quitter le territoire. On ne veut pas faire payer les pollueurs, ce serait leur permettre de polluer, on veut les arrêter ou les restreindre considérablement. Nous cherchons la croissance de l'intelligence. Toutes les initiatives de culture ou d'innovation sont repérées et soutenues. Toutes les idées nouvelles sont considérées, les plus sérieuses sont soutenues financièrement. Aucune industrie ne peut s'y opposer ou construire des monopoles qui seraient injustes. Les petites entreprises, les artisans sont soutenus et accompagnés. Nous voulons permettre aux petites initiatives de grandir et aux grandes de n'étouffer personne.


Nous avons mis un terme définitif, nous l'espérons, aux Zoos, aux Corridas, aux spectacles animaliers, et ce, afin de commencer un nouveau rapport de l'Homme civilisé au monde animal fait de respect du vivant, de protection et non plus d'exploitation pour un profit ou un plaisir personnel. Les Zoos ont été remplacés par des musées du monde animal, riches en informations et en beauté, les cirques ont redoublé de créativité pour remplacer leurs numéros qui utilisaient des animaux.


Le temps nous manque, je crains de n'avoir pas tout abordé ni pu tout expliquer en détails, mais, cela vous donne une idée d'ensemble et une vision de la mentalité et de la perspective qui est la nôtre aujourd'hui. Nous encourageons les autres nations à garder leur autonomie et à évoluer comme nous l'avons fait vers plus d'équilibre, d'égalité et de vrai développement. Plusieurs gouvernements veulent suivre notre exemple. Comme je vous l'ai dit, notre système n'est pas parfait, loin de là. Nous avons créé des Commissions d'études et de réflexions pour chercher tout ce qu'on pourrait encore améliorer dans tous les domaines, toujours pour le bien commun. Nous savons que notre démocratie n'est pas la fin de l'évolution des sociétés, il y a sûrement mieux à faire, mais nous avons essayé d'améliorer ce que nous avions.


 Voilà... Que dire de plus ? Nous avons fait le tour des points principaux, il me semble, je vous invite à venir prendre un verre au buffet qui nous attend. Mesdames, Messieurs, je vous souhaite une belle journée.


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Cette réflexion sur la démocratie s'inspire des travaux d'Etienne Choauard, de Bernard Friot, de Frederic Lordon, de Frank Lepage, de Pierre Rabhi.